Poursuites réclamées envers l’ex-président Michel Aoun pour les explosions au port de Beyrouth
La justice lui reproche d’avoir su pour la présence du nitrate d’ammonium sans avoir pris les mesures nécessaires..
Le 4 août 2020, une explosion massive a ravagé le port de Beyrouth, la capitale du Liban. Ce drame a causé la mort de plus de 200 personnes et blessé plus de 6 500 autres. La déflagration a été provoquée par un incendie dans un entrepôt où étaient stockées 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium. Ce produit chimique, utilisé comme engrais ou dans les explosifs, était entreposé de manière anarchique depuis des années, malgré des avertissements répétés adressés aux autorités. L’explosion a détruit une grande partie de la ville, laissant des milliers de personnes sans abri et plongeant le Liban dans une crise humanitaire et politique sans précédent.
Un procureur libanais a demandé l’inculpation de l’ancien président Michel Aoun pour son rôle dans l’explosion du port de Beyrouth. Selon les accusations, Michel Aoun aurait eu connaissance de la présence du nitrate d’ammonium au port et des dangers qu’il représentait, sans avoir pris les mesures nécessaires pour le neutraliser. Le procureur reproche notamment à l’ancien président de ne pas avoir saisi le Conseil supérieur de la Défense, une instance politique et militaire clé au Liban. Ces poursuites s’inscrivent dans le cadre d’une enquête plus large visant à établir les responsabilités dans ce drame.
L’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth est menée par le juge Tarek Bitar. En mars 2024, ce dernier a achevé ses investigations et transmis le dossier au parquet pour examen. Le procureur Mohammad Saab a ensuite soumis un rapport détaillant la responsabilité de plus de 70 personnes, dont des responsables politiques, des membres des services de sécurité, de l’armée et des fonctionnaires. Cependant, l’enquête a été entravée par des querelles politiques et juridiques, notamment des recours visant à écarter le juge Bitar. Ces obstacles ont ralenti la procédure pendant plusieurs années, jusqu’à ce qu’un changement de pouvoir politique au Liban en 2025 permette au juge de reprendre ses travaux.
L’affaire de l’explosion du port de Beyrouth est devenue un symbole de l’impunité au Liban. Aucun responsable n’a encore été tenu pour responsable des plus de 200 morts et des milliers de blessés causés par la catastrophe. Les familles des victimes dénoncent régulièrement l’absence de justice et la lenteur des procédures. Le dossier judiciaire, initialement au point mort depuis 2023, a pu progresser en 2025 grâce à un changement de gouvernement et à l’affaiblissement du Hezbollah, un parti politique et militaire soutenu par l’Iran. Ce mouvement avait auparavant mené une campagne pour faire dessaisir le juge Bitar, illustrant les tensions politiques autour de cette affaire.
Le juge Tarek Bitar, désormais libre de poursuivre son enquête, devrait se prononcer dans les semaines à venir sur les poursuites engagées contre les responsables, dont l’ancien président Michel Aoun. Les familles des victimes et les observateurs internationaux attendent avec impatience une issue à ce dossier, qui pourrait marquer un tournant dans la lutte contre l’impunité au Liban. Cependant, les défis restent nombreux, notamment en raison des tensions politiques persistantes et des pressions exercées sur les institutions judiciaires. La décision du juge Bitar sera déterminante pour la crédibilité du système judiciaire libanais.

