Victoire et défaite pour Danielle Smith
La volonté d’Ottawa de renouveler le fédéralisme est-elle sincère?.
Un référendum a eu lieu en Alberta le 20 octobre 2026 pour décider si la province devait organiser un futur référendum sur son indépendance vis-à-vis du Canada. Les Albertains ont massivement voté pour rester dans le pays, avec 76 % des voix en faveur de l'union canadienne. Cependant, cette question portait uniquement sur l'organisation d'un référendum futur, et non sur l'indépendance elle-même. Ce scrutin marque une étape préliminaire dans le débat souverainiste albertain, bien que le mouvement indépendantiste y soit moins structuré qu'au Québec, où la question de la langue et de la culture domine depuis les années 1960.
Danielle Smith, première ministre albertaine, est à la fois la grande gagnante et la grande perdante de ce référendum. Elle a réussi à convaincre une majorité d'Albertains de rester dans le Canada, tout en obtenant des concessions majeures du gouvernement fédéral, notamment sur des questions économiques et environnementales. Son plaidoyer pour l'unité canadienne a permis de renforcer sa position politique, mais elle doit désormais gérer les tensions internes au sein de son parti, l'United Conservative Party (UCP), où certains membres restent attachés à l'idée d'indépendance. Elle devra aussi trouver un équilibre pour répondre aux revendications albertaines tout en préservant l'unité du pays.
Le premier ministre canadien Mark Carney, en poste depuis 2023, a mis en place une politique radicalement différente de celle de son prédécesseur Justin Trudeau concernant l'environnement. Il a démantelé une partie des réglementations environnementales, relancé la construction de pipelines et accéléré l'exploitation des ressources pétrolières en Alberta. Carney mise sur une stratégie économique axée sur l'énergie, avec l'ambition de faire du Canada une superpuissance énergétique mondiale, en s'appuyant sur les ressources albertaines. Cette approche contraste fortement avec les politiques climatiques précédentes et suscite des interrogations sur l'avenir des engagements environnementaux du pays.
Malgré la victoire des fédéralistes, le mouvement indépendantiste albertain reste actif. Des figures comme Jeffrey Rath, cofondateur du Parti conservateur albertain, affirment que cette défaite n'est qu'un début et qu'un nouveau mouvement politique émerge. Rath a même appelé à une prise de contrôle de l'UCP par les indépendantistes. Jason Kenney, ancien premier ministre albertain, a souligné que son parti n'a pas fait campagne pour la séparation lors des dernières élections provinciales en 2023, ce qui montre les divisions internes. Le débat sur l'indépendance pourrait donc resurgir à l'avenir, même si les Albertains ont choisi de rester dans le Canada pour l'instant.
Le référendum albertain comprenait neuf autres questions, dont certaines rappellent les revendications historiques du Québec, comme celles exprimées lors de l'*Accord du lac Meech* dans les années 1980. Mark Carney a surpris en se disant ouvert à des modifications de la Constitution canadienne, une première pour un premier ministre libéral. Cette ouverture pourrait répondre aux demandes d'autonomie de l'Alberta, mais elle rappelle aussi les promesses non tenues du passé, notamment celles faites au Québec après les référendums de 1980 et 1995. L'avenir dira jusqu'où Carney ira dans ses concessions, tout en évitant de s'aliéner d'autres provinces comme le Québec, qui revendique aussi un plus grand respect de son autonomie.

