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Regarder le hockey de la LNH, est-ce devenu trop cher?

ICI Radio-Canada · mis à jour 3 oct.

Le sport n'est « plus pour les pauvres », lance un expert. Il faut 3 abonnements pour voir tous les matchs..

Multiplication des abonnements

Pour suivre les matchs de leur équipe préférée en Ligue nationale de hockey (LNH), les amateurs canadiens doivent désormais souscrire à au moins trois abonnements payants. Les chaînes traditionnelles comme Sportsnet, TSN, RDS et TVA Sports se partagent les droits de diffusion, mais aucune ne propose l’intégralité des matchs. Par exemple, les Maple Leafs de Toronto sont diffusés sur TSN, Sportsnet, TVA Sports et Amazon Prime. Stéphane Demers, un fan de Toronto, dépense environ 200 $ par mois pour un forfait incluant Internet, téléphone et télévision avec Rogers, qui couvre déjà trois chaînes, mais il ne peut toujours pas accéder à tous les matchs en raison des restrictions régionales. Cette fragmentation des droits de diffusion force les spectateurs à multiplier les abonnements, un phénomène qui n’existait pas auparavant avec l’émission gratuite Hockey Night in Canada sur CBC le samedi soir.

Coût record des droits TV

La LNH a signé en 2025 un contrat de 12 ans avec Rogers pour la diffusion des matchs au Canada, d’une valeur totale de 11 milliards de dollars. Ce montant dépasse largement celui payé par les diffuseurs américains pour les mêmes droits, ce qui illustre l’inflation des coûts dans le sport professionnel. Philippe-Antoine Lupien, professeur à l’École des médias de l’UQAM, souligne que cette hausse des droits de diffusion se répercute directement sur le prix des abonnements pour les spectateurs. Les ligues sportives, dont la LNH, cherchent à maximiser leurs revenus en ciblant les amateurs prêts à payer davantage pour accéder aux matchs, transformant ainsi le sport en un divertissement moins accessible aux classes populaires.

Fin du hockey gratuit

L’émission Hockey Night in Canada, diffusée gratuitement sur CBC le samedi soir, a été supprimée cette saison. Cette disparition marque la fin d’une tradition de 70 ans, où les Canadiens pouvaient suivre gratuitement les matchs de la LNH. Désormais, les amateurs doivent payer pour accéder aux matchs, que ce soit via des chaînes spécialisées ou des plateformes comme Amazon Prime, qui diffuse des matchs le mercredi soir. Amazon utilise cette stratégie pour attirer des clients vers son service principal de livraison de colis, tout en transformant le marché de la diffusion sportive au Canada. Cette évolution reflète une tendance mondiale où les ligues professionnelles privilégient les revenus publicitaires et les abonnements payants au détriment de l’accès gratuit.

Sport réservé aux plus aisés

Selon Philippe-Antoine Lupien, les grandes ligues sportives, dont la LNH, ciblent désormais les classes aisées plutôt que le grand public. Aux États-Unis, il est courant de devoir souscrire à cinq abonnements différents pour suivre une équipe de baseball, et cette tendance se confirme au Canada pour le hockey. Les salaires des joueurs, les coûts d’exploitation des équipes et les droits de diffusion élevés poussent les ligues à augmenter les prix des abonnements. France Bergeron, une amatrice de hockey féminin, dépense environ 50 $ par mois pour suivre les matchs de la Victoire de Montréal et de la Charge d’Ottawa, mais admet que ce coût devient prohibitif. Le sport professionnel n’est plus perçu comme un divertissement accessible à tous, mais comme un privilège réservé à ceux qui peuvent se le permettre.

Nouveaux acteurs sur le marché

L’arrivée de Amazon Prime dans la diffusion des matchs de la LNH au Canada est un phénomène récent qui bouleverse le marché. Prime propose des matchs le mercredi soir, attirant des spectateurs qui cherchent à éviter les grandes entreprises de télécommunications comme Rogers ou Bell. Cette plateforme utilise les droits sportifs comme un levier pour fidéliser ses abonnés à son service principal de livraison et de consommation. Philippe-Antoine Lupien estime que Amazon pourrait transformer durablement le paysage de la diffusion sportive au Canada, en offrant une alternative aux diffuseurs traditionnels. Cependant, cette diversification des acteurs pourrait aussi fragmenter davantage l’accès aux matchs pour les amateurs.

Hockey féminin en lumière

Malgré la fin de Hockey Night in Canada pour la LNH, CBC a signé un partenariat avec la Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF) pour diffuser des matchs de la Victoire de Montréal le samedi soir. Cette initiative est saluée comme une bonne nouvelle pour le hockey féminin, car elle permet de rendre ce sport plus visible gratuitement à la télévision. France Bergeron, une adepte de la Victoire, souligne que cette diffusion gratuite pourrait créer un engouement et attirer de nouveaux spectateurs. Cependant, les matchs de la LPHF restent moins médiatisés que ceux de la LNH, et leur accès gratuit pourrait être temporaire, dépendant des accords futurs avec les diffuseurs.

Ce que ça pourrait changer

Les experts s’interrogent sur le seuil de tolérance des amateurs face à la hausse des coûts. Richard Powers, professeur à l’*École de gestion Rotman* de l’*Université de Toronto*, estime que les diffuseurs sportifs prennent un risque en comptant sur l’attachement émotionnel des fans pour justifier des frais supplémentaires. Certains jeunes spectateurs pourraient se tourner vers des solutions illégales pour regarder les matchs, notamment en streaming gratuit sur Internet. Benoît Girardin, professeur à l’*Université McGill* et propriétaire d’une firme de consultants, souligne que les amateurs restent fidèles à leurs habitudes, comme les commentateurs ou les animateurs, et sont prêts à payer davantage pour maintenir cette expérience. La question centrale reste : jusqu’où les fans seront-ils prêts à aller financièrement avant de se désabonner ?

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