Dany Laferrière défend Thélyson Orélien, en qui il voit “une vraie promesse d’écrivain”
L’auteur canado-haïtien Dany Laferrière, figure de la littérature mondiale, a réagi dans le quotidien québécois “Le Devoir” à la polémique qui enfle autour de son cadet Thélyson Orélien, accusé d’avoir écrit “C’était ça ou mourir” avec une IA générative. Pour lui, seul compte le roman, qui mérite d’être lu, et défendu..
Le 22 septembre 2026, un roman intitulé C’était ça ou mourir, écrit par Thélyson Orélien, est accusé d’avoir été rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle (IA) générative. Cette polémique éclate après qu’un tweet anonyme a lancé l’accusation. Thélyson Orélien, professeur d’histoire haïtien devenu écrivain, y raconte l’exil d’un personnage fuyant la violence des gangs à Port-au-Prince. Le livre était très attendu lors de la rentrée littéraire française et était pressenti pour des prix prestigieux avant cette controverse.
Dany Laferrière, écrivain canadien d’origine haïtienne et membre de l’Académie française depuis 2013, a pris la parole le 23 septembre 2026 dans le quotidien québécois Le Devoir. À 73 ans, il est une figure majeure de la littérature mondiale, notamment connu pour Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer (1985) et L’Énigme du retour (prix Médicis 2009). Contrairement à une réponse directe sur la polémique, il a choisi de publier une critique détaillée du roman de Thélyson Orélien, soulignant son style et son ambition littéraire.
Dany Laferrière décrit le roman de Thélyson Orélien comme une œuvre au style dense et musical, comparant son phrasé à celui du jazzman Thelonious Monk (1917-1982) ou à la prose d’Alexandre Soljenitsyne dans Une journée d’Ivan Denissovitch. Il met en avant des répétitions, des métaphores et un rythme syncopé, qualifiant l’écriture de « heavy metal ». Bien qu’il note quelques longueurs dans le récit, il insiste sur la capacité de l’auteur à restituer la « douleur humaine » et à donner une voix aux migrants anonymes.
Pour Dany Laferrière, Thélyson Orélien incarne « une vraie promesse d’écrivain » avec une ambition universelle. Il souligne que l’auteur a su capter l’essence des voix marginalisées, comme en témoigne cette phrase : « Il a gagné son pari de faire entendre les voix anonymes de ces gens qui se croyaient seuls sur la route, ignorant qu’un poète était parmi eux. » Laferrière encourage Orélien à poursuivre son parcours littéraire sur le long terme, malgré les défis d’un milieu compétitif.
Thélyson Orélien et Dany Laferrière partagent une origine haïtienne et une expérience de l’exil. Orélien, âgé de 38 ans en 2026, est considéré comme un successeur potentiel de Laferrière, qui a lui-même fui Haïti pour le Québec. Leurs parcours littéraires se rejoignent dans la narration de l’exil et de la quête identitaire, bien que Laferrière ait déjà atteint une reconnaissance institutionnelle majeure, comme son entrée à l’Académie française.
La polémique repose sur l’utilisation d’un logiciel de détection, *Pangram*, qui a identifié des similitudes entre le style de Thélyson Orélien et des textes générés par IA. Cette technologie, encore récente, suscite des débats sur sa fiabilité. Certains y voient un outil utile pour garantir l’authenticité des œuvres, tandis que d’autres critiquent son manque de transparence ou ses erreurs potentielles. L’affaire Orélien relance ainsi la question de l’éthique dans l’écriture à l’ère de l’intelligence artificielle.

