En Colombie, un groupe armé paralyse Santa Marta
Une ville à l’arrêt, des commerces fermés et des rues désertes : dans la capitale du Magdalena, les Autodefensas Conquistadoras de la Sierra Nevada imposent leur loi malgré le déploiement de 1 100 soldats et policiers. Une première épreuve de force pour le nouveau président colombien, Abelardo de la Espriella, qui y joue sa crédibilité..
Santa Marta est une ville portuaire située sur la côte caraïbe de la Colombie, connue pour ses plages, son climat tropical et son statut de destination touristique majeure. Capitale du département du Magdalena, elle attire chaque année de nombreux visiteurs grâce à son patrimoine naturel et culturel, comme la Sierra Nevada de Santa Marta, une chaîne de montagnes unique. En septembre 2026, cette ville de près de 500 000 habitants est paralysée par un conflit opposant des groupes armés illégaux aux forces gouvernementales, mettant en lumière les tensions persistantes dans certaines régions colombiennes malgré les accords de paix signés avec les guérillas.
Le groupe responsable de la paralysie de Santa Marta s’appelle les Autodefensas Conquistadoras de la Sierra Nevada (ACSN), aussi surnommées les Pachencas. Issus des anciens groupes paramilitaires d’extrême droite, ces combattants illégaux sont estimés entre 800 et 1 000 membres. Leur pouvoir dépasse celui des armes : ils imposent une autorité de fait dans le Magdalena depuis près de trente ans, avec leur propre système de justice et des réseaux d’extorsion et de microtrafic. Leur influence s’étend depuis la Sierra Nevada, une région montagneuse isolée, où ils trouvent refuge et organisent leurs activités criminelles.
La crise actuelle a été déclenchée par la mort de José Luis Pérez Villanueva, numéro 2 des ACSN, lors d’une opération policière le 23 septembre 2026. Six autres combattants ont également péri dans cette intervention. En représailles, les ACSN ont décrété une grève armée, paralysant Santa Marta le 23 septembre. Cette stratégie consiste à imposer un confinement forcé en menaçant les commerces et les habitants qui ne respecteraient pas leurs ordres, comme en témoignent des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrant des hommes armés cagoulés tirant sur des établissements ouverts.
Face à cette crise, le président colombien Abelardo de la Espriella, en fonction depuis le 7 août 2026, a ordonné le déploiement de 1 100 soldats et policiers à Santa Marta. Ce dernier, connu pour ses positions d’ultradroite, a promis une guerre sans pitié contre les groupes armés, marquant une rupture avec la politique de paix totale de son prédécesseur, Gustavo Petro. Le président a tenté de montrer sa fermeté en se mettant en scène patrouillant dans les rues en véhicule blindé, mais la population reste sous le choc et préfère rester chez elle par crainte de représailles.
Santa Marta est aujourd’hui une ville fantôme : les rues sont désertes, les commerces fermés et la circulation quasi inexistante. La chambre de commerce locale estime les pertes économiques à 14 millions de dollars (soit plus de 12 millions d’euros). L’occupation hôtelière a chuté brutalement, et les États-Unis ont recommandé à leurs ressortissants d’éviter la région. Cette paralysie illustre la capacité des ACSN à imposer leur loi malgré la présence militaire, grâce à leur connaissance du terrain et à leur réseau criminel bien établi.
Cette crise représente le premier grand défi sécuritaire pour Abelardo de la Espriella, qui mise sur une image de fermeté pour crédibiliser sa politique de guerre contre le narcoterrorisme. Une défaite face aux ACSN pourrait affaiblir sa position, d’autant que le groupe compte entre 800 et 1 000 combattants, parmi les 29 000 membres de groupes armés illégaux recensés en Colombie. Les experts soulignent que le déploiement militaire seul ne suffit pas : les autorités risquent de jouer un jeu du chat et de la souris avec les ACSN, qui attaquent par surprise avant de disparaître dans la nature.
Le conflit à Santa Marta reflète les tensions politiques en Colombie. Abelardo de la Espriella, soutenu par Washington, a abandonné la stratégie de *paix totale* de Gustavo Petro, privilégiant une approche répressive. Cette décision divise l’opinion : certains y voient une nécessité pour rétablir l’ordre, tandis que d’autres craignent une escalade de la violence. La situation à Santa Marta pourrait ainsi devenir un test pour la crédibilité du nouveau gouvernement et sa capacité à contrôler les groupes armés encore actifs dans le pays.

