Écran noir à la télévision publique hongroise: le nouveau pouvoir lance une purge des années Orbán
Six semaines après son arrivée au pouvoir, le gouvernement de Peter Magyar suspend les JT de la télévision publique, accusés d'avoir servi de relais à la propagande de Viktor Orbán pendant des années..
Le 7 juillet 2026 à 16h, les écrans de la principale chaîne d'information publique hongroise sont devenus noirs. Un message s'affichait, présentant des excuses pour la haine et les mensonges diffusés ces dernières années et promettant une couverture de l'actualité plus crédible et indépendante. Le site d'actualité de la chaîne a également été vidé de son contenu, tandis que la radio, qui diffusait de la musique classique, a continué de fonctionner normalement. Cette coupure marque un tournant symbolique dans le paysage médiatique hongrois, après seize ans de gouvernement dirigé par Viktor Orbán, connu pour son contrôle des médias publics.
Le Premier ministre hongrois Peter Magyar, issu du parti Tisza arrivé en tête aux élections du 12 avril 2026, a salué cette décision comme un jour historique. Il a affirmé que les médias publics hongrois avaient menti jour et nuit sous le gouvernement précédent. Viktor Orbán, prédécesseur de Magyar et au pouvoir pendant seize ans, a critiqué cette mesure, la qualifiant de pas vers l'autoritarisme. Le nouveau gouvernement a suspendu les journaux télévisés des médias publics, considérés comme des relais de propagande pro-russe pour le parti de Orbán. Cette décision s'inscrit dans une volonté de rompre avec l'héritage politique et médiatique de l'ère Orbán.
La suspension des journaux télévisés n'a pas été improvisée. Elle s'appuie sur une nouvelle loi sur les médias adoptée récemment par le parti Tisza, majoritaire au Parlement. Cette loi a permis la nomination de nouveaux dirigeants intérimaires pour les médias publics. Selon Gabor Polyak, chercheur hongrois spécialiste des médias, une telle décision aurait été impossible avant l'entrée en vigueur de cette loi. Les nouveaux dirigeants ont immédiatement licencié les rédacteurs en chef et présentateurs jugés responsables de la diffusion de propagande pro-Orbán. La programmation a été remplacée par des films hongrois emblématiques en attendant la reprise des journaux télévisés.
Pour Gabor Polyak, la suspension des journaux télévisés est un geste hautement symbolique. Elle illustre la volonté du nouveau gouvernement de marquer une rupture avec le passé et d'imposer un nouveau récit médiatique. Le communiqué du diffuseur public accuse les médias d'État d'avoir perdu leur fonction essentielle : fournir une information crédible et objective. Il dénonce leur transformation en plateforme de propagation de la haine et des mensonges. Le spécialiste estime que cette coupure durera au maximum une ou deux semaines, le temps de restructurer les médias publics. Les médias d'État hongrois emploient plus de 2 000 personnes et bénéficient d'un budget annuel de 154 milliards de forints, soit 422 millions d'euros.
La Hongrie n'est pas le premier pays à connaître une telle restructuration brutale des médias publics. En décembre 2023, la Pologne avait également suspendu ses journaux télévisés publics après l'arrivée au pouvoir du gouvernement de Donald Tusk. Ces chaînes étaient perçues comme des porte-voix du gouvernement précédent, tout comme en Hongrie. Cependant, la situation polonaise différait : le gouvernement de Tusk avait dû composer avec un paysage institutionnel et juridique plus contesté, contrairement à la Hongrie où le parti Tisza dispose d'une supermajorité parlementaire. Dès le lendemain de la coupure, un nouveau programme d'information avait remplacé l'ancien en Pologne.
Depuis 2010 et l'arrivée au pouvoir du parti Fidesz de Viktor Orbán, les médias publics hongrois sont devenus des outils de propagande gouvernementale. Ils ont relayé des théories du complot, notamment contre l'Union européenne, l'Ukraine et les partis d'opposition. Les médias d'État donnaient systématiquement la parole à des experts pro-gouvernementaux, sans jamais remettre en cause les positions du pouvoir. Cette situation a persisté pendant seize ans, sans aucune critique interne ou externe. Le nouveau gouvernement hongrois considère que ces pratiques étaient inacceptables et cherche à rétablir un service public médiatique plus équilibré et indépendant.
Gabor Polyak estime que la nouvelle loi sur les médias, bien que généreuse, pourrait permettre à la fois au gouvernement et à l'opposition de présenter leurs points de vue. Il espère que cette réglementation posera les bases d'un service public plus équilibré. Cependant, la route vers la crédibilité sera longue pour les médias d'État hongrois, qui comptent cinq chaînes et emploient plus de 2 000 personnes. Leur budget annuel de 422 millions d'euros pourrait être revu à la baisse. Le spécialiste souligne que cette restructuration est un premier pas, mais que la confiance du public devra être regagnée progressivement.

