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Environnement

« On détruit la campagne, on détruit l'école » : des paysans rejoignent la lutte des lycéens

Reporterre · mis à jour 6 oct.

Dans plusieurs villes de France, des paysans ont rejoint les lycéens ce 6 octobre au matin et défilent avec eux aujourd'hui. « La convergence des luttes existe », se réjouissent les jeunes.

Alliance inattendue

Des paysans et des lycéens unissent leurs forces pour protester contre des politiques qu’ils jugent néfastes pour leurs secteurs respectifs. Cette alliance, encore rare, repose sur une prise de conscience commune : les décisions politiques qui menacent l’agriculture familiale et l’éducation publique sont liées. Les paysans dénoncent la disparition progressive des petites exploitations au profit de l’agriculture industrielle, tandis que les lycéens s’opposent aux réformes scolaires qu’ils estiment appauvrir l’enseignement public. Cette convergence de luttes s’est matérialisée lors de manifestations conjointes en 2023, marquant un tournant dans la mobilisation sociale en France.

Crise agricole profonde

L’agriculture française traverse une crise structurelle, aggravée par des politiques publiques jugées défavorables aux petites exploitations. Selon les données du ministère de l’Agriculture, le nombre de fermes a chuté de 44 % entre 2000 et 2020, passant de 663 000 à 373 000 exploitations. Les paysans dénoncent notamment la Politique Agricole Commune (PAC), un ensemble de règles européennes qui, selon eux, favorise les grandes exploitations au détriment des petites structures. Les revenus des agriculteurs ont baissé de 20 % en moyenne entre 2010 et 2022, selon la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). Cette situation pousse de nombreux jeunes à quitter le métier, faute de perspectives viables.

Réforme scolaire controversée

Les lycéens protestent contre la réforme du lycée professionnel et général, entrée en vigueur en 2019 sous le gouvernement d’Édouard Philippe. Cette réforme, appelée « bac-3 bac+3 », vise à rapprocher l’école du monde professionnel en réduisant le nombre d’enseignements généraux et en augmentant les stages. Les élèves dénoncent une déshumanisation de l’enseignement, avec des classes surchargées et un manque de moyens pour les établissements. Selon le ministère de l’Éducation nationale, 12 % des lycées professionnels en France manquent de professeurs qualifiés en 2023. Les syndicats étudiants, comme l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), estiment que cette réforme aggrave les inégalités sociales en limitant l’accès aux filières d’excellence.

Liens entre politiques publiques

Les paysans et les lycéens soulignent que les politiques publiques qui les touchent directement sont souvent liées par des logiques économiques similaires. Par exemple, la loi Climat et Résilience de 2021, qui impose des restrictions sur les intrants chimiques en agriculture, est perçue comme une mesure punitive pour les petits exploitants, sans accompagnement financier suffisant. De même, les réformes scolaires s’inscrivent dans une logique de réduction des dépenses publiques, avec un budget de l’Éducation nationale qui a stagné à 55 milliards d’euros par an entre 2017 et 2023, malgré une hausse des effectifs. Ces politiques, selon les manifestants, reflètent une vision à court terme où l’économie prime sur le bien-être social et environnemental.

Mobilisation conjointe

La convergence des luttes a donné lieu à des actions symboliques, comme des rassemblements devant des préfectures ou des blocages de routes. En octobre 2023, des paysans et des lycéens ont manifesté ensemble devant le ministère de l’Agriculture à Paris, brandissant des pancartes avec des slogans comme « On détruit la campagne, on détruit l’école ». Ces mobilisations ont été soutenues par des organisations comme la Confédération paysanne, un syndicat agricole alternatif, et le Mouvement national lycéen (MNL), qui représentent des milliers de membres. Les manifestants réclament un moratoire sur les réformes en cours et une refonte des politiques publiques pour préserver à la fois les exploitations familiales et l’enseignement public.

Ce que ça pourrait changer

Les pouvoirs publics n’ont pas encore répondu directement aux revendications des paysans et des lycéens, mais des mesures ponctuelles ont été annoncées. En 2023, le gouvernement a promis **1 milliard d’euros** pour soutenir les petites exploitations agricoles, une somme jugée insuffisante par les syndicats. Concernant l’éducation, le ministre de l’Éducation nationale a annoncé un plan de **500 millions d’euros** pour recruter 6 000 enseignants supplémentaires d’ici 2027, une mesure critiquée pour son caractère tardif et son ampleur limitée. Les manifestants restent sceptiques, estimant que ces annonces ne répondent pas aux problèmes structurels, comme la précarité des agriculteurs ou la dégradation des conditions d’enseignement.

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