Québec efface la dette d’une compagnie américaine en pleine guerre commerciale
Le gouvernement craignait que Bell Textron déménage aux États-Unis sa production d'hélicoptères de Mirabel..
Le gouvernement du Québec, dirigé par le premier ministre Fréchette, a décidé d’annuler une dette de 18,6 millions de dollars que devait lui rembourser la compagnie américaine Bell Textron. Cette somme représentait les redevances restantes sur un prêt initial de 56,6 millions de dollars accordé en 2005 par Québec à Bell Textron pour développer de nouveaux modèles d’hélicoptères à Mirabel. En échange, Bell Textron s’est engagée à investir 45 millions de dollars supplémentaires dans son usine de Mirabel, à moderniser ses installations et à maintenir ses 1 600 emplois sur place jusqu’en 2037. Le prêt initial de 2005, d’un montant maximal de 115 millions de dollars, était remboursable sous forme de redevances en fonction des ventes futures des hélicoptères produits.
Cette décision s’inscrit dans un contexte de tensions commerciales accrues entre le Canada et les États-Unis, notamment sous l’administration de Donald Trump. En juillet 2026, Trump a ravivé cette guerre commerciale en annonçant des droits de douane additionnels sur les exportations canadiennes, ce qui a pu influencer la négociation entre Québec et Bell Textron. Le risque d’un déménagement de l’usine de Mirabel vers les États-Unis était évoqué par certains, notamment en raison des pressions exercées par Trump sur des entreprises canadiennes comme Bombardier. Cependant, Bell Textron a toujours démenti tout projet de fermeture, affirmant être un partenaire fiable du Québec depuis plus de 40 ans.
L’usine de Bell Textron à Mirabel emploie 1 600 personnes, dont 400 ingénieurs, et contribue significativement à l’économie locale. Depuis 2005, le gouvernement du Québec a déjà récupéré 118 millions de dollars en revenus fiscaux grâce à cette entreprise. Les nouveaux investissements de 45 millions de dollars annoncés par Bell Textron devraient générer environ 24,5 millions de dollars supplémentaires en revenus fiscaux pour le Québec. Malgré l’annulation des 18,6 millions de redevances, le gouvernement mise sur ces retombées économiques futures pour justifier sa décision.
Certains experts, comme Mehran Ebrahimi de l’Université du Québec à Montréal, estiment que le risque de déménagement de l’usine était réel, bien que différent de celui de Bombardier. D’autres, comme Philippe Cauchi du site Info Aéro Québec, suggèrent que les entreprises utilisent parfois la menace de pertes d’emplois pour obtenir des subventions ou des annulations de dettes. Raymond Bachand, ancien ministre québécois, rappelle que Bell Textron avait déjà bénéficié d’un congé de paiement de redevances par le passé. Il s’interroge sur la pression exercée par les États-Unis et se demande si le gouvernement québécois a été manipulé ou s’il a agi sous contrainte.
En 2005, le gouvernement fédéral canadien avait également accordé un prêt maximal de 115 millions de dollars à Bell Textron pour soutenir le développement de l’usine de Mirabel. Cependant, Radio-Canada a demandé à Industrie Canada et au cabinet de la ministre Mélanie Joly si Ottawa comptait faire des concessions similaires à celles du Québec. Aucune réponse n’a été reçue, laissant planer un doute sur la position du gouvernement fédéral dans cette affaire. Cette absence de réaction officielle contraste avec l’action du gouvernement québécois.
Malgré des hauts et des bas, Bell Textron, dont la maison-mère américaine a réalisé des profits de 500 millions de dollars canadiens l’an dernier, est une entreprise solide financièrement. Le prêt à redevances accordé par le Québec en 2005 était conçu pour partager les risques entre l’État et l’entreprise : si les ventes d’hélicoptères étaient faibles, le remboursement serait réduit, mais si elles étaient élevées, le Québec pourrait récupérer davantage. Cependant, avec l’annulation des 18,6 millions de redevances restantes, certains s’interrogent sur le rendement financier de cette opération pour le gouvernement québécois.

