Produits illégaux : Bruxelles inflige 550 millions d’euros d’amende à AliExpress
AliExpress a l’insigne honneur d’écoper de l’amende la plus élevée jamais infligée par la Commission européenne dans le cadre du règlement sur les services numériques (DSA). La plateforme de commerce en ligne opérée par le groupe chinois Alibaba fait l’objet d’une sanction de 550 millions d’euros pour manquement aux obligations d’évaluation et d’atténuation des risques […].
La Commission européenne a infligé une amende de 550 millions d’euros à AliExpress, la plus élevée jamais prononcée dans le cadre du règlement sur les services numériques (DSA, pour Digital Services Act). Cette sanction vise le groupe chinois Alibaba, propriétaire de la plateforme, pour avoir manqué à ses obligations légales concernant la vente de produits illégaux, dangereux ou contrefaits. L’amende correspond à 6 % du chiffre d’affaires global d’AliExpress et reflète la gravité des manquements, jugés particulièrement sérieux par Bruxelles. Cette décision s’inscrit dans une série de mesures européennes pour encadrer les très grandes plateformes en ligne (VLOP, Very Large Online Platforms), comme Temu ou Shein, déjà sous surveillance. Le DSA, entré en vigueur en 2024, impose aux VLOP de surveiller activement les risques liés à leurs services, sous peine de sanctions financières.
La Commission européenne a relevé trois principaux manquements chez AliExpress dans son évaluation des risques liés aux produits illégaux. D’abord, la plateforme a sous-estimé les ressources humaines nécessaires pour modérer les contenus, ce qui a rendu ses contrôles inefficaces. Ensuite, elle n’a pas correctement mesuré le rôle de ses algorithmes de recommandation et de publicité dans la diffusion de produits interdits ou dangereux. Enfin, son évaluation des risques reposait sur des indicateurs quantitatifs insuffisants, ne reflétant pas la réalité des dangers. Les propres tests de la Commission ont confirmé que des produits illégaux (contrefaçons, jouets dangereux, cosmétiques non conformes) restaient accessibles pendant plusieurs semaines, malgré les dispositifs annoncés par AliExpress.
Au-delà de l’évaluation des risques, la Commission a pointé l’incapacité d’AliExpress à atténuer les dangers identifiés. Les mécanismes de détection et de retrait des produits illicites se sont révélés inefficaces : des articles dangereux ou contrefaits sont restés en ligne pendant des semaines, et les sanctions contre les vendeurs fautifs étaient mal appliquées. Par ailleurs, certains commerçants contournaient les contrôles en classant volontairement leurs produits dans de mauvaises catégories. Le système d’autorisation de marque, censé bloquer les contrefaçons, manquait de personnel et pouvait être facilement contourné. Ces lacunes exposaient les consommateurs à des risques concrets, comme l’achat de jouets non conformes aux normes de sécurité européennes.
Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission européenne chargée de la souveraineté technologique, a souligné que la taille d’une plateforme ne justifiait pas son inaction. Elle a rappelé que les risques liés aux produits illégaux devaient être traités de manière systématique pour garantir la sécurité des consommateurs. Bruxelles a imposé à AliExpress de présenter un plan d’action d’ici le 20 octobre 2026, sous peine de nouvelles sanctions. Ce plan sera évalué par le comité européen des services numériques, puis validé par la Commission, avec un délai maximal pour sa mise en œuvre. L’amende tient compte de la nouveauté du DSA, mais aussi de la gravité et de la durée des infractions, remontant à au moins juin 2025.
Cette amende s’ajoute à une série de mesures européennes ciblant les plateformes chinoises. En mai 2026, Temu avait déjà écopé de 200 millions d’euros d’amende pour des manquements similaires au DSA. Shein est également dans le collimateur de la Commission, avec une enquête formelle ouverte en février 2026. Par ailleurs, depuis le 1er juillet 2026, l’Union européenne applique une *taxe douanière de 3 euros* sur tous les petits colis de moins de 150 euros en provenance de l’étranger, une mesure visant principalement les plateformes d’e-commerce chinoises. Ces initiatives reflètent une volonté européenne de renforcer le contrôle des géants du numérique et de protéger les consommateurs contre les produits illégaux ou dangereux.

