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Entrevue : une année record de traque aux tiques

Québec Science · mis à jour il y a 13 j

L’année 2026 est marquée par une présence record de tiques au Canada, en particulier en Ontario. Grâce aux milliers d’observations citoyennes, la plateforme eTick permet de suivre l’évolution de la répartition des tiques..

Record de signalements

L’année 2025 a marqué un pic historique dans la surveillance des tiques au Québec, avec plus de 12 000 signalements enregistrés auprès des autorités sanitaires. Ce chiffre, le plus élevé jamais documenté, dépasse de 40 % les années précédentes, selon les données de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Une tique est un petit acarien qui se nourrit de sang, souvent présent dans les herbes hautes, les forêts ou les parcs. Ces arachnides peuvent transmettre des maladies comme la maladie de Lyme, causée par la bactérie Borrelia burgdorferi, ou d’autres infections moins connues. Les experts attribuent cette hausse à plusieurs facteurs : l’expansion des zones boisées en milieu urbain, l’augmentation des températures moyennes favorisant la prolifération des tiques, et une meilleure sensibilisation du public à leur signalement. Les régions les plus touchées sont celles de l’Estrie, de la Montérégie et de l’Outaouais, où les écosystèmes forestiers sont les plus présents.

Rôle des experts

Pour comprendre cette explosion des signalements, l’INSPQ a mobilisé une équipe de 15 chercheurs en entomologie et en santé publique. Leur mission consistait à analyser les données collectées, identifier les espèces de tiques responsables et évaluer les risques pour la population. Parmi les experts, le Dr. Jean-Pierre Vaillancourt, épidémiologiste, a souligné que la tique Ixodes scapularis, aussi appelée tique du chevreuil, est la plus fréquemment retrouvée au Québec. Cette espèce est particulièrement redoutée car elle peut transmettre la maladie de Lyme, dont les symptômes incluent des éruptions cutanées, de la fièvre et des douleurs articulaires. Les chercheurs ont également cartographié les zones à haut risque, permettant aux autorités de cibler leurs campagnes de prévention. Ces efforts s’inscrivent dans le cadre du Plan d’action sur les tiques et la maladie de Lyme, lancé en 2014 par le gouvernement du Québec.

Symptômes et prévention

La maladie de Lyme, transmise par une piqûre de tique infectée, représente un enjeu majeur de santé publique. Les symptômes apparaissent généralement entre 3 et 30 jours après la piqûre et peuvent inclure une rougeur en forme de cible (érythème migrant), des maux de tête, de la fatigue ou des douleurs musculaires. Si elle n’est pas traitée, la maladie peut évoluer vers des complications neurologiques ou articulaires. Pour limiter les risques, les autorités recommandent plusieurs mesures : inspecter son corps après une sortie en nature, utiliser des répulsifs à base de perméthrine ou de DEET, et porter des vêtements longs et clairs pour repérer plus facilement les tiques. En cas de piqûre, il est conseillé de retirer la tique avec un tire-tique (disponible en pharmacie) et de consulter un médecin si des symptômes apparaissent. Ces conseils s’adressent particulièrement aux randonneurs, aux travailleurs forestiers et aux résidents des zones à risque.

Impact sur les soins

L’augmentation des signalements a eu un impact direct sur le système de santé québécois. Selon les chiffres de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), le nombre de consultations pour des piqûres de tiques a augmenté de 25 % en 2025 par rapport à 2024. Les hôpitaux et les cliniques ont dû adapter leurs protocoles pour répondre à la demande, notamment en formant davantage de personnel à la reconnaissance des symptômes de la maladie de Lyme. Les coûts associés aux traitements antibiotiques (comme la doxycycline) et aux analyses en laboratoire ont également progressé. Les experts estiment que ces dépenses pourraient atteindre 5 millions de dollars d’ici 2027 si la tendance se poursuit. Face à cette situation, le gouvernement a annoncé un investissement supplémentaire de 2 millions de dollars pour renforcer les campagnes de sensibilisation et améliorer l’accès aux soins dans les régions les plus touchées.

Ce que ça pourrait changer

Les scientifiques pointent du doigt le réchauffement climatique comme un facteur clé dans l’expansion des populations de tiques. Au Québec, les hivers plus doux et les étés plus longs créent des conditions idéales pour la survie et la reproduction de ces parasites. Une étude publiée en 2024 par l’Université de Montréal a montré que la saison active des tiques a été prolongée de deux semaines en moyenne depuis 2010. De plus, les épisodes de sécheresse ou de canicules modifient les habitats des tiques, les poussant à se rapprocher des zones habitées. Les chercheurs soulignent que ces changements pourraient aggraver la situation dans les années à venir, avec une possible extension des zones à risque vers le nord du Québec. Pour anticiper ces évolutions, l’INSPQ collabore avec Environnement Canada pour intégrer les données climatiques dans ses modèles de prédiction des risques.

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