Crise de la gouvernance ou gouvernance en crise dans l’UE : état des lieux et perspectives
Colloque organisé par l'IRDEIC, Université Toulouse Capitole sous la responsabilité scientifique de Rémi Barrué-Belou, Maître de conférences HDR, Université Toulouse Capitole, IRDEICLire la suite....
L’Union européenne (UE) traverse une période de tensions autour de sa gouvernance, c’est-à-dire la manière dont elle est dirigée et prise de décision. Cette crise ne porte pas seulement sur des dysfonctionnements ponctuels, mais interroge le modèle même de fonctionnement de l’UE. Entre 2020 et 2026, plusieurs événements majeurs ont révélé des faiblesses structurelles : gestion de la pandémie de Covid-19, réponse à la guerre en Ukraine, ou encore tensions sur les règles budgétaires communes. Ces défis ont mis en lumière des divergences persistantes entre les 27 États membres, chacun défendant ses intérêts nationaux au détriment parfois d’une approche collective. Par exemple, les désaccords sur le plan de relance européen de 750 milliards d’euros en 2020 ont illustré ces clivages, révélant une incapacité à trouver un compromis rapide et équilibré.
Les institutions européennes, comme la Commission européenne, le Conseil de l’UE ou le Parlement européen, sont au cœur de cette crise. La Commission européenne, chargée de proposer et d’appliquer les lois, est souvent critiquée pour son manque de légitimité démocratique directe, car ses membres sont nommés par les États membres et non élus par les citoyens. Le Conseil de l’UE, où siègent les représentants des gouvernements nationaux, est quant à lui accusé de privilégier les intérêts nationaux au détriment d’une vision européenne commune. Enfin, le Parlement européen, seul organe directement élu par les citoyens, peine à s’imposer comme une force motrice dans les décisions majeures, en raison de son rôle consultatif limité sur certains sujets comme la fiscalité ou la politique étrangère. Ces tensions institutionnelles sont exacerbées par des règles de vote complexes, comme l’unanimité requise dans certains domaines, qui ralentissent ou bloquent les décisions.
La gouvernance de l’UE est également fragilisée par des défis économiques majeurs. La dette publique moyenne des États membres atteint 90 % du PIB en 2026, contre 84 % en 2020, selon les estimations. Les règles budgétaires européennes, comme le Pacte de stabilité et de croissance qui limite les déficits à 3 % du PIB et la dette à 60 %, sont régulièrement contournées ou suspendues, comme ce fut le cas pendant la crise du Covid-19. Ces assouplissements temporaires ont permis aux États de soutenir leur économie, mais ils ont aussi révélé l’absence de mécanisme pérenne pour coordonner les politiques économiques. Par ailleurs, les divergences entre pays du Nord, favorables à une rigueur budgétaire, et ceux du Sud, qui plaident pour plus de solidarité financière, compliquent toute réforme durable.
Les crises géopolitiques, comme l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 ou les tensions migratoires persistantes, ont mis à l’épreuve la capacité de l’UE à agir de manière unie. Malgré des avancées notables, comme la création d’un fonds de 50 milliards d’euros pour soutenir l’Ukraine ou des accords sur la gestion des frontières extérieures, les réponses restent souvent tardives ou incomplètes. Par exemple, le mécanisme de solidarité pour les réfugiés, adopté en 2023, n’a pas permis de répartir équitablement les demandeurs d’asile entre les États membres, en raison de résistances nationales. Ces échecs soulignent un manque de cohésion politique, malgré des outils juridiques et financiers existants.
Face à ces défis, plusieurs pistes sont envisagées pour renforcer la gouvernance européenne. Une réforme des traités, comme celle proposée par la *Convention sur l’avenir de l’Europe* en 2022, pourrait simplifier les règles de vote et élargir les domaines où la majorité qualifiée s’applique, réduisant ainsi le pouvoir de veto des États. Une autre piste serait de renforcer le rôle du Parlement européen, par exemple en lui accordant un droit d’initiative législative plus large. Enfin, des propositions visent à créer un budget européen permanent, distinct des contributions nationales, pour financer des politiques communes comme la transition écologique ou la défense. Ces réformes, si elles voient le jour, pourraient être discutées lors du prochain cycle électoral européen en 2029.

