«Nos enfants ne rêvent pas de ces Jeux-là» : dans les Hautes-Alpes, un bois menacé alimente la colère contre les JO 2030
Dimanche, plusieurs centaines de personnes ont manifesté à Montgenèvre (Hautes-Alpes) pour la protection d’une forêt menacée par l’organisation des JO 2030 dans les Alpes françaises. Plus de cinq hectares de mélèzes doivent être défrichés pour construire de nouvelles pistes de ski.
Les Jeux olympiques d’hiver de 2030 doivent se tenir en partie dans les Alpes françaises, notamment à Montgenèvre, un village des Hautes-Alpes situé près de la frontière italienne. Ce site accueillera des épreuves de ski freestyle, snowboard, ski-alpinisme et freeride. Cependant, le projet nécessite la création de nouvelles infrastructures sportives, dont des pistes et des équipements conformes aux normes de la Fédération internationale de ski et de snowboard (FIS). La Solideo (Société de livraison des ouvrages olympiques), un établissement public chargé de coordonner ces travaux, prévoit un budget global de 26,78 millions d’euros pour moderniser le domaine skiable, incluant le remplacement d’un télésiège. Le défrichement de 5,5 hectares de mélèzes dans le bois du Prarial, situé sur la commune, est prévu pour accueillir ces nouvelles installations.
Plus de 400 personnes, dont des enfants, se sont rassemblées à Montgenèvre le 6 septembre 2026 pour protester contre les Jeux olympiques de 2030. Les manifestants dénoncent une dérive environnementale liée au défrichement du bois du Prarial, un espace naturel local. Ils critiquent également l’absence de consultation citoyenne préalable et qualifient les Jeux de gabegie, c’est-à-dire un gaspillage de ressources sans bénéfices durables. Parmi les opposants, Stéphane Faure-Brac, fondateur du Comité d’alerte sur l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2030, souligne que les promesses de durabilité des organisateurs ne sont pas crédibles. Les manifestants brandissent des pancartes et des dessins d’enfants pour symboliser leur attachement à la nature et leur rejet des infrastructures sportives.
Pour s’opposer au défrichement du bois du Prarial, Stéphane Faure-Brac a lancé une initiative originale : la création de la première «réserve naturelle d’enfance protégée» de France. L’idée est d’inviter les enfants à parrainer un mélèze en y accrochant une plaquette avec leur prénom. Plus de 600 enfants à travers la France, ainsi que des représentants suisses de la Global Coalition for Responsible Sport, ont déjà participé à cette action symbolique. Les enfants ont également composé une chanson pour défendre les mélèzes, avec un refrain qui affirme : «Vieux mélèzes, vous ne tomberez pas, nous sommes une forêt d’enfants, nos racines sont sœurs éternellement.» Cette mobilisation vise à sensibiliser l’opinion publique et à empêcher la destruction des arbres centenaires du bois.
À Montgenèvre, le projet des Jeux olympiques divise la population. Certains y voient une opportunité économique majeure. Vincent Voiron, directeur technique de l’École du ski français de Montgenèvre, estime que ces Jeux assureront «au moins vingt belles années de ski après les Jeux» et sécuriseront l’emploi dans le secteur. La maire de la commune, Muriel Jourdain, reconnaît que les Jeux sont «un prétexte de mobilisation pour les gens anti-tout», mais défend l’idée que les infrastructures permettront de maintenir l’activité touristique. Elle admet cependant que «tout le monde sait que, quand on parle de Jeux durables, c’est antinomique», c’est-à-dire contradictoire, car ces événements impliquent souvent des dépenses massives et des impacts environnementaux importants.
Plusieurs personnalités locales remettent en cause le modèle des Jeux olympiques d’hiver. Bertrand Camus, professeur de ski à Briançon, juge les Jeux 2030 «absurdes» et regrette que les leçons des précédents Jeux, comme ceux de Milan-Cortina 2026, n’aient pas été retenues. Stéphane Passeron, ancien skieur de fond professionnel, partage ce constat et affirme que «le modèle des Jeux de 2030 est dépassé». Il propose une alternative : organiser les épreuves de Montgenèvre à Val Thorens, en Savoie, où les infrastructures nécessaires existent déjà. Cependant, la Solideo n’envisage pas cette solution dans son dossier de concertation préalable, estimant que les Jeux constituent un «accélérateur» pour regrouper des investissements à long terme pour le territoire.
Les travaux de défrichement dans le bois du Prarial sont prévus pour commencer à l’automne 2027. La Solideo mène une *concertation préalable* jusqu’au 2 octobre 2026, permettant aux habitants et aux associations de déposer des contributions et de consulter les avis. Malgré les protestations, les organisateurs des Jeux et les autorités locales semblent déterminés à poursuivre le projet, arguant que les infrastructures répondent à des besoins sportifs et économiques. Cependant, la mobilisation citoyenne, symbolisée par la *«réserve naturelle d’enfance protégée»*, continue de s’étendre, avec des échos en France et en Suisse.

