Les milliards d'arbres plantés par la Chine poussent bien plus vite que les forêts naturelles
Selon une nouvelle étude, les arbres plantés dans le cadre du vaste projet de reboisement chinois «Grande Muraille verte» grandissent 66% plus vite que ceux des bois naturels..
Depuis 1978, la Chine a planté 66 milliards d'arbres dans le cadre de programmes de reboisement. D'ici 2050, elle prévoit d'en ajouter 34 milliards supplémentaires avec le projet Grande Muraille verte, visant à transformer les steppes désertiques de Mongolie-Intérieure en forêts. L'objectif est double : limiter l'expansion des déserts de Gobi et Taklamakan, tout en augmentant la capacité du pays à absorber le dioxyde de carbone (CO₂), un gaz à effet de serre responsable du réchauffement climatique. Ce reboisement s'inscrit dans une stratégie nationale d'atténuation des effets du changement climatique, combinant écologie et lutte contre la désertification. La Chine mise sur des essences à croissance rapide comme les eucalyptus ou les peupliers pour atteindre ses objectifs à court terme.
Une étude publiée en mai 2026 dans la revue Geophysical Research Letters révèle que les arbres plantés par l'homme en Chine poussent 66 % plus vite que les forêts naturelles. Cette différence s'explique par plusieurs facteurs : le choix d'espèces à croissance rapide, une gestion active des jeunes pousses (élimination des plantes concurrentes, fertilisation), et une réaction plus forte à l'augmentation du CO₂ atmosphérique. Les chercheurs ont utilisé des données satellitaires pour mesurer l'indice de surface foliaire et la densité du couvert forestier, confirmant que les forêts plantées stockent moins de carbone au-dessus du sol que les forêts naturelles durant leurs premières années. Yuhang Luo, chercheur en écologie du paysage à l'Université de Pékin, souligne que ces résultats doivent être nuancés : les forêts naturelles restent indispensables pour un stockage durable du carbone et la résilience écologique à long terme.
Si les forêts plantées offrent un outil efficace pour capter rapidement du CO₂, leur avantage est temporaire. Une autre étude citée dans l'article montre que, durant leurs premières années, les forêts naturelles accumulent davantage de carbone au-dessus du sol que les forêts plantées. Yuhang Luo précise que la gestion des terres nécessite une approche plus subtile que le simple reboisement : il faut choisir les bonnes espèces, planter au bon moment et assurer un suivi adapté dans le temps. Les chercheurs insistent sur la nécessité de planter mieux plutôt que planter plus, afin d'optimiser les efforts de reboisement et de limiter les effets du changement climatique. Cette nuance est cruciale pour éviter des solutions écologiques inefficaces ou contre-productives.
Les modèles écologiques mondiaux actuels ne distinguent pas suffisamment les types de forêts, ce qui fausse leur représentation des dynamiques liées à l'âge des arbres et à leur réaction face au CO₂. Les auteurs de l'étude espèrent que leurs travaux aideront à affiner ces modèles et à orienter les politiques de reboisement. L'enjeu n'est pas seulement quantitatif, mais aussi qualitatif : il s'agit de comprendre comment les forêts, qu'elles soient naturelles ou plantées, réagissent aux variations climatiques et comment elles peuvent contribuer à atténuer leurs effets. Cette recherche s'inscrit dans un contexte où la Chine cherche à jouer un rôle majeur dans la lutte contre le changement climatique, tout en gérant ses ressources naturelles de manière durable.

