Mozambique : au Cabo Delgado, les faiblesses persistantes de l’armée face aux djihadistes
Malgré la multiplicité des soutiens internationaux et régionaux reçus par l’armée mozambicaine, les insurgés affiliés à l’État islamique poursuivent leurs opérations de guérilla urbaine et gagnent du terrain dans le nord-est du pays. L’armée pâtit notamment de la défiance des populations locales, exaspérées par les exactions des soldats contre les civils..
En octobre 2026, le Mozambique célèbre le 9e anniversaire de l’insurrection djihadiste dans la province du Cabo Delgado, située dans le nord-est du pays. Cette région, parmi les plus pauvres du Mozambique, est pourtant riche en ressources naturelles, notamment en gaz naturel. Le groupe armé Ahlu Sunna wal-Jamaa, affilié à l’État islamique, mène depuis 2017 une guérilla urbaine et rurale contre les forces gouvernementales. Malgré des années de conflit, les insurgés continuent de gagner du terrain, malgré les soutiens internationaux reçus par l’armée mozambicaine. Le Cabo Delgado est une zone stratégique en raison de ses réserves de gaz, estimées à plusieurs centaines de milliards de mètres cubes, que des multinationales comme TotalEnergies prévoient d’exploiter sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL) à partir de 2029.
L’armée mozambicaine, appelée Forces armées de défense nationale (FADM), souffre de plusieurs faiblesses structurelles malgré les aides extérieures. Ces soutiens incluent des formations militaires, du matériel, des équipements et des appuis logistiques provenant de divers partenaires : la mission de la Communauté de développement de l’Afrique australe au Mozambique (SAMIM), le Rwanda, l’Union européenne, l’Algérie, la Turquie, les États-Unis, la Russie (avec l’intervention du groupe paramilitaire Wagner), la Chine et l’Inde. Ces initiatives ont permis d’améliorer progressivement les capacités de la FADM et la survie des soldats sur le terrain. Cependant, les moyens logistiques restent insuffisants, et les équipements, bien que renforcés, ne suffisent pas à contrer efficacement les tactiques de guérilla des insurgés. De plus, la population locale se méfie des soldats, en raison des exactions commises par certains militaires contre les civils, ce qui complique encore davantage la lutte contre les djihadistes.
Plusieurs acteurs internationaux jouent un rôle clé dans le conflit au Cabo Delgado. Le Rwanda, par exemple, a déployé des unités spéciales antiterroristes pour patrouiller dans des villes comme Palma, en collaboration avec la police mozambicaine. L’Union européenne, les États-Unis et d’autres pays fournissent un soutien financier, technique et militaire. La Russie, via le groupe Wagner, a également participé brièvement aux opérations, bien que son intervention ait été de courte durée. Ces partenariats multiformes visent à renforcer les capacités de l’armée mozambicaine, mais leur efficacité est limitée par des problèmes internes, tels que la corruption, le manque de coordination et la défiance des populations locales. Malgré ces efforts, les insurgés continuent de progresser, profitant des faiblesses structurelles du pays.
Le Cabo Delgado est au cœur d’enjeux économiques majeurs pour le Mozambique. La province abrite d’importantes réserves de gaz naturel, estimées à plus de 5 000 milliards de pieds cubes, ce qui en fait l’une des plus grandes découvertes de gaz en Afrique. Des projets d’exploitation, comme celui de TotalEnergies, prévoient de produire du gaz naturel liquéfié (GNL) à partir de 2029, avec des investissements estimés à plusieurs dizaines de milliards de dollars. Cependant, l’insécurité persistante dans la région menace ces projets et décourage les investisseurs. Les attaques des djihadistes ciblent régulièrement les infrastructures gazières et les travailleurs étrangers, rendant les opérations de forage et d’exploitation extrêmement risquées. Cette situation crée un cercle vicieux : l’insécurité freine le développement économique, tandis que l’absence de développement économique aggrave les tensions sociales et alimentent le recrutement des insurgés.
Le conflit au Cabo Delgado a des conséquences humanitaires dramatiques. Depuis 2017, plus de 4 000 personnes ont été tuées et plus de 1 million ont été déplacées, selon des estimations récentes. Les populations locales subissent des violences quotidiennes, des enlèvements, des destructions de villages et des restrictions d’accès aux ressources. Les exactions commises par les deux camps, y compris les forces gouvernementales, alimentent un climat de méfiance généralisée. Les organisations humanitaires peinent à accéder aux zones les plus touchées en raison de l’insécurité, ce qui aggrave la crise. Les déplacés internes vivent souvent dans des conditions précaires, sans accès à l’eau potable, à la nourriture ou aux soins médicaux. Cette crise humanitaire s’ajoute aux défis économiques et sécuritaires, rendant la résolution du conflit encore plus complexe.

