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Géopolitique

En Floride, Little Venezuela vit dans la peur des rafles de l’ICE

Courrier International · mis à jour il y a 21 j

La ville de Doral, 84 000 habitants, compte 40 % de personnes d’origine vénézuélienne, qui se terrent chez elles de crainte de subir les contrôles de la police de l’immigration. Le “statut de protection temporaire” dont elles pouvaient bénéficier a été résilié, et l’éviction du pouvoir de Nicolás Maduro, en janvier, pourrait les priver de la possibilité de conserver l’asile politique, raconte le média en ligne “Efecto Cocuyo”..

Little Venezuela à Doral

La ville de Doral, située dans le comté de Miami-Dade en Floride, compte environ 84 000 habitants, dont 40 % sont d’origine vénézuélienne. Ce quartier est surnommé Little Venezuela en raison de la forte concentration de migrants vénézuéliens qui y vivent. Depuis plusieurs années, cette communauté a trouvé refuge aux États-Unis pour échapper à la crise politique, économique et sociale qui frappe le Venezuela. Cependant, depuis l’été 2026, cette communauté vit dans un climat de peur constant en raison des opérations de l’ICE, l’Immigration and Customs Enforcement (Service de l’immigration et des douanes), une agence fédérale américaine chargée de faire respecter les lois sur l’immigration.

Fin du statut temporaire

Jusqu’en 2026, les Vénézuéliens présents aux États-Unis bénéficiaient d’un statut de protection temporaire (TPS, Temporary Protected Status), un dispositif accordé par le gouvernement américain aux ressortissants de pays en crise, leur permettant de vivre et de travailler légalement sur le sol américain. Ce statut a été supprimé, plongeant des milliers de personnes dans l’incertitude. Par ailleurs, l’éviction du pouvoir de Nicolás Maduro, président du Venezuela, en janvier 2026, pourrait entraîner la fin de l’asile politique pour ces migrants, les rendant encore plus vulnérables aux expulsions. Ces changements politiques et administratifs ont accru la précarité de la communauté vénézuélienne à Doral.

Peur des rafles quotidiennes

Depuis l’été 2026, les arrestations de migrants par l’ICE ont fortement augmenté aux États-Unis. Les habitants de Little Venezuela décrivent une atmosphère de terreur : beaucoup ne sortent plus de chez eux, évitant même de regarder par la fenêtre. Julián Sanabria, un résident, explique qu’il ne se rend plus à la salle de sport, au restaurant ou au supermarché par crainte d’être contrôlé. Il utilise rarement sa voiture, car les scanners de plaques d’immatriculation sont utilisés par l’ICE pour repérer les véhicules conduits par des migrants sans papiers. Les contrôles ciblent particulièrement les personnes dont les papiers ne sont pas en règle, même si elles vivent aux États-Unis depuis des années.

Impact sur la vie quotidienne

La peur des rafles a profondément transformé le quotidien des habitants de Little Venezuela. Les déplacements sont limités aux trajets entre le domicile et le travail, souvent organisés par des proches pour éviter les contrôles routiers. Les lieux publics, autrefois animés, sont désormais déserts. Les migrants vivent avec le sentiment d’être traqués, bien qu’ils n’aient commis aucune infraction. Cette situation a aussi des répercussions économiques : les commerces locaux, dépendants de cette clientèle, voient leur activité diminuer. Les relations sociales se réduisent, et la méfiance s’installe entre voisins et amis, par crainte d’être dénoncé.

Contexte politique aux États-Unis

Les opérations de l’ICE s’inscrivent dans une politique migratoire plus stricte mise en place par l’administration américaine en 2026. Le 15 août de cette année, le ministère de la Sécurité intérieure a annoncé une intensification des arrestations et des expulsions de migrants en situation irrégulière. Cette politique vise notamment les personnes originaires de pays considérés comme instables, comme le Venezuela. Les associations de défense des droits des migrants dénoncent ces mesures, les qualifiant de brutales et discriminatoires. Elles soulignent que de nombreuses personnes visées ont fui des régimes répressifs ou des crises humanitaires, et qu’elles contribuent activement à l’économie locale.

Ce que ça pourrait changer

Le média en ligne *Efecto Cocuyo*, basé à Caracas, joue un rôle clé dans la couverture de cette crise. Fondé en 2015 par deux journalistes, ce site indépendant se présente comme un outil pour lutter contre la désinformation au Venezuela, où les médias traditionnels sont souvent censurés ou contrôlés par le pouvoir. *Efecto Cocuyo* a été créé en réponse à la répression des journalistes et à la manipulation de l’information par le gouvernement. Son nom fait référence à l’*effet cocuyo*, un phénomène naturel lié à la bioluminescence d’un insecte, symbolisant l’idée d’apporter de la lumière dans une période sombre. Le média est financé par des dons du public et des campagnes de collecte internationale.

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