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Généraliste

Marly Fontaine, à la recherche de l’identité innue

Le Devoir · mis à jour il y a 5 j

Les créations de l’artiste innue contribuent à garder vivants les souvenirs douloureux des pensionnats pour Autochtones..

Artiste en résidence

Depuis le printemps 2024, le Musée d’art contemporain (MAC) de Montréal accueille six artistes de la relève dans des studios temporaires situés à Place Ville Marie. Marly Fontaine, originaire de la communauté innue d’Uashat mak Mani-Utenam sur la Côte-Nord, fait partie de cette résidence qui dure huit mois. Ce programme combine exploration artistique, développement de carrière et interactions avec le public. L’objectif est de soutenir des créateurs émergents tout en leur offrant une visibilité accrue. Le MAC, institution culturelle montréalaise, joue ici un rôle clé en facilitant l’accès à l’art contemporain pour un large public.

Savons et mémoire

Marly Fontaine utilise le savon comme symbole pour aborder l’histoire douloureuse des pensionnats pour Autochtones. Dans ces établissements, souvent gérés par des institutions religieuses ou gouvernementales, les enfants autochtones étaient contraints de renoncer à leur langue et à leur culture. Lorsqu’ils parlaient leur langue maternelle, ils subissaient des punitions, comme se faire laver la bouche avec du savon. L’artiste transforme cet outil de répression en support de préservation : elle grave le mot «innu» sur des savons et propose des ateliers où adultes et enfants peuvent apprendre des mots de cette langue en les gravant à leur tour. Les créations peuvent être emportées ou intégrées à une installation artistique future. Cette démarche vise à réhabiliter la langue et à transmettre une mémoire collective.

Sculptures symboliques

Dans son atelier, Marly Fontaine expose deux sculptures en acier représentant des ceintures de chasteté. Ces objets, historiquement utilisés pour restreindre la liberté sexuelle, symbolisent ici les abus subis par les enfants dans les pensionnats. L’une des sculptures porte le numéro de bande d’un ancien pensionnaire masculin, tandis que l’autre affiche son propre numéro de bande, en référence aux violences sexuelles qu’elle a elle-même subies. Ces œuvres s’inscrivent dans une démarche artistique visant à dénoncer les traumatismes liés à ces institutions. Ses grands-parents ont également été pensionnaires, ce qui renforce son engagement personnel dans ce travail de mémoire.

Performance commémorative

En 2023, lors d’une commémoration du pensionnat pour Autochtones de Pointe-Bleue à Mashteuiatsh, Marly Fontaine a réalisé une performance artistique. Elle a déposé une croix, construit un tombeau d’enfant avec des roches, puis utilisé une tortue en acier pour purifier symboliquement ce tombeau et le public dans les quatre directions cardinales. Cette tortue, objet rituel, représente la sagesse et la connexion à la terre pour les Innus. Après sa prestation, plusieurs anciens pensionnaires l’ont remerciée, certains en larmes, ce qui a renforcé sa détermination à poursuivre son travail de sensibilisation. Cette performance illustre son approche artistique mêlant spiritualité et mémoire collective.

Mémoire orale universitaire

En 2025, Marly Fontaine a marqué l’histoire universitaire en déposant son mémoire de maîtrise de façon orale plutôt qu’écrite à l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Cette dérogation exceptionnelle, obtenue après demande, rend hommage à la tradition orale innue, où le savoir se transmet par la parole plutôt que par l’écrit. Son mémoire, d’une durée de deux heures et quatorze minutes, porte sur l’utilisation de la voix pour sensibiliser à la réalité des pensionnats. Pour symboliser ce changement, elle a coupé sa tresse, une pratique traditionnelle réservée aux deuils ou aux transitions importantes. Cette initiative a inspiré l’UQO à modifier ses règlements pour permettre à d’autres étudiants de faire de même.

Identité innue moderne

Marly Fontaine prépare actuellement un projet de doctorat centré sur la définition de l’identité innue moderne. Pour les aînés de sa communauté, être Innu signifie parler la langue et vivre sur le territoire. Cependant, les politiques de colonisation et de sédentarisation ont profondément transformé ces repères. Son projet vise à interroger cette identité à travers des rencontres avec des aînés de sa communauté, notamment à Uashat mak Mani-Utenam. Elle suit parallèlement des cours pour réapprendre sa langue maternelle. Son doctorat prendra la forme d’un documentaire vidéo, une approche qui s’aligne avec sa démarche artistique. Ce travail s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’héritage des pensionnats et la résilience culturelle des peuples autochtones.

Ce que ça pourrait changer

À l’issue de son doctorat, Marly Fontaine prévoit une exposition regroupant plusieurs de ses œuvres. Le Musée d’art contemporain (MAC) pourrait soutenir ce projet en facilitant sa diffusion et en lui offrant une plateforme pour partager son histoire et celle de son peuple. Son parcours artistique, marqué par des performances, des sculptures et des installations, vise à sensibiliser un public toujours plus large. En combinant art, mémoire et éducation, elle cherche à préserver la culture innue tout en questionnant les traumatismes historiques. Son travail s’inscrit dans un mouvement plus large de reconnaissance des droits et de la dignité des peuples autochtones.

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