Rachat de SFR : l’Autorité de la concurrence va en avoir pour « au moins 18 mois »
Le rachat de SFR sera intégralement examiné par l’Autorité de la concurrence française ; la Commission européenne ayant décidé de laisser sa place. Une annonce sans surprise puisque Bouygues Telecom et Orange discutaient déjà avec l’Autorité, tandis qu’iliad avait demandé le renvoi vers Paris de son dossier déposé à Bruxelles.
En juin 2026, trois opérateurs français – Bouygues Telecom, Orange et iliad (maison mère de Free) – ont signé un accord pour racheter SFR, l’un des quatre grands opérateurs de téléphonie mobile en France. Ce rachat représente un investissement total de plus de 20 milliards d’euros. Cependant, l’opération est en réalité composée de trois transactions distinctes mais liées contractuellement : chacune implique un ou plusieurs opérateurs avec des actifs spécifiques détenus par Altice France, l’ancien propriétaire de SFR. Bouygues Telecom et Orange, présents uniquement ou majoritairement sur le marché français, ont directement soumis leurs dossiers à l’Autorité de la concurrence française. Iliad, qui opère aussi en Italie et en Pologne, avait initialement déposé le sien auprès de la Commission européenne, mais a demandé et obtenu un renvoi vers l’autorité française pour simplifier la procédure.
L’Autorité de la concurrence, dirigée par Benoît Cœuré, est l’institution chargée d’examiner ce rachat. La Commission européenne a décidé de lui transférer l’instruction des dossiers, une décision prise le 15 juillet 2026. Ce choix s’explique par le fait que les opérations concernent principalement le marché français, où les trois opérateurs réalisent l’essentiel de leur activité. Par exemple, Orange générait 4,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en France sur un total de 10,1 milliards au premier trimestre 2026, avant même l’acquisition de MasOrange en Espagne. L’Autorité de la concurrence coopérera toutefois avec la Commission européenne pendant l’instruction, comme le prévoit la réglementation. Il s’agit du 50ᵉ renvoi de ce type depuis 2009.
L’instruction des trois dossiers par l’Autorité de la concurrence devrait durer au moins 18 mois, soit jusqu’en 2028. Cette durée s’explique par la complexité des marchés concernés et des enjeux concurrentiels. L’Autorité consultera divers acteurs, dont les associations de consommateurs et les autorités sectorielles, pour évaluer l’impact du rachat sur la concurrence. Benoît Cœuré a souligné que le marché des télécoms en France est déjà très concentré, ce qui rend l’examen particulièrement attentif. Cependant, il a indiqué que l’opération n’était pas nécessairement anticoncurrentielle, sans quoi l’Autorité aurait bloqué le processus plus tôt. Les opérateurs ont déjà engagé des échanges préparatoires avec l’Autorité depuis fin juin 2026.
Le rachat de SFR soulève des questions sur ses conséquences pour les consommateurs. L’Autorité de la concurrence doit vérifier que l’opération ne réduira pas la concurrence sur le marché des télécoms, ce qui pourrait entraîner une hausse des prix ou une baisse de la qualité des services. Les associations de défense des consommateurs seront consultées pour exprimer leurs inquiétudes ou leurs attentes. Benoît Cœuré a précisé que l’Autorité ne laisserait pas les opérateurs dépenser des millions en frais de conseil sans raison valable, mais que l’examen prendrait du temps en raison de la nécessité d’analyser en profondeur les effets de cette concentration. L’objectif est de garantir un marché équilibré, même si le processus est long.

