Méganavires de pêche : et si on démantelait ceux qui « détruisent plus qu'ils ne nourrissent » ?
Dans un nouveau rapport, l' ONG Bloom veut démanteler les méganavires industriels de pêche qui « détruisent plus qu'ils ne nourrissent ». Des députés européens portent l'idée dans les négociations financières de l' UE .
Les méganavires de pêche, aussi appelés super-trawlers ou chalutiers géants, sont des bateaux de pêche industrielle pouvant mesurer jusqu’à 140 mètres de long et peser plusieurs milliers de tonnes. Ces navires, équipés de filets géants et de sonars sophistiqués, peuvent pêcher des milliers de tonnes de poissons en une seule sortie en mer. Selon l’article, ces méganavires sont souvent accusés de surpêche, c’est-à-dire de prélever des quantités de poissons supérieures à ce que les écosystèmes marins peuvent régénérer. En Europe, leur nombre a augmenté de 30 % entre 2014 et 2020, passant de 50 à 65 navires. Leur cible principale est le poisson fourrage, comme les anchois ou les sardines, essentiels à la chaîne alimentaire marine mais aussi transformés en farine et huile de poisson pour l’aquaculture et l’élevage.
L’activité des méganavires a des conséquences graves sur les écosystèmes marins. Leurs filets de chalutage, traînés sur le fond marin, détruisent les habitats benthiques, c’est-à-dire les zones où vivent des espèces comme les crustacés ou les coraux. Une étude citée dans l’article estime que 90 % des espèces capturées par ces navires sont des prises accessoires (poissons non ciblés, tortues, oiseaux marins), souvent rejetées mortes à la mer. Par ailleurs, la pêche intensive de poissons fourrage menace directement les prédateurs naturels comme les thons ou les dauphins, qui se nourrissent de ces espèces. En Méditerranée, 60 % des stocks de poissons sont aujourd’hui surexploités, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Les méganavires bénéficient souvent de subventions publiques qui rendent leur activité rentable malgré leur impact environnemental. En Europe, ces subventions s’élèvent à environ 2,5 milliards d’euros par an, dont une partie finance la modernisation des flottes, y compris celle des méganavires. Sans ces aides, leur modèle économique serait fragilisé : selon des estimations, 50 % des méganavires européens ne seraient pas rentables sans subventions. L’article souligne que ces aides contribuent à maintenir une surcapacité de pêche, c’est-à-dire une flotte trop nombreuse par rapport aux ressources disponibles. En France, par exemple, les subventions pour la pêche industrielle ont atteint 150 millions d’euros en 2021.
Face à ces constats, des associations environnementales et des scientifiques proposent de démanteler les méganavires les plus destructeurs. Cette mesure s’inscrit dans une logique de durabilité, c’est-à-dire une pêche qui préserve les ressources pour les générations futures. L’article mentionne une pétition européenne, lancée en 2023, qui demande l’interdiction des méganavires dans les zones protégées et leur remplacement par des flottes artisanales, moins destructrices. Des alternatives existent, comme la pêche côtière ou les quotas stricts, qui permettraient de réduire la pression sur les écosystèmes. En Norvège, par exemple, la pêche artisanale représente 80 % des captures, contre seulement 20 % pour la pêche industrielle.
Le démantèlement des méganavires se heurte à des résistances politiques et économiques. Les armateurs, souvent organisés en lobbies, défendent leur activité au nom de l’emploi et de la compétitivité. En Espagne, par exemple, la flotte de méganavires emploie directement 1 200 personnes et génère 500 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. De plus, certains pays, comme la Chine ou la Russie, continuent de subventionner massivement leur flotte de pêche industrielle, ce qui crée une inégalité concurrentielle. L’article souligne que sans une coordination internationale, les mesures nationales risquent d’être inefficaces. La Commission européenne, par exemple, peine à faire adopter des règles strictes en raison des divergences entre États membres.

