L’IA est-elle un virus cognitif ?
Les géants de l’intelligence artificielle sapent systématiquement le bien commun le plus fondamental de toute société humaine : notre cognition L’article L’IA est-elle un virus cognitif ? est apparu en premier sur Le Grand Continent..
L’article explore l’impact de l’intelligence artificielle (IA) sur la cognition collective, définie comme l’ensemble des processus intellectuels, émotionnels et comportementaux qui émergent à l’échelle d’une société. Cette cognition repose sur des mécanismes de régénération, comme l’apprentissage par l’expérience ou la transmission des savoirs entre générations. Dès 2021, François du Cluzel évoque la guerre cognitive comme une nouvelle dimension des conflits modernes, aux côtés des domaines terrestre, maritime ou cyber. En 2024, l’OTAN intègre officiellement cette notion dans sa planification stratégique. L’IA, en automatisant des tâches complexes comme la résolution de problèmes mathématiques ou la rédaction d’articles scientifiques, menace ces mécanismes de régénération. Par exemple, en 2026, une IA a résolu la conjecture d’Erdős, un défi mathématique vieux de 80 ans, et des chercheurs comme Jacob Tsimerman, médaillé Fields, quittent la recherche pour rejoindre des entreprises comme OpenAI, estimant que l’IA rend obsolète leur domaine.
L’auteur Nolan Lovett compare la dégradation de la cognition collective à la tragédie des biens communs, un concept théorisé en 1968 par Garrett Hardin. Ce dernier montrait que des individus agissant de manière rationnelle pour leur intérêt personnel épuisent des ressources partagées, comme les forêts ou les poissons. Lovett applique ce modèle à la cognition collective, qu’il qualifie de bien commun car elle dépend de tous, n’est pas exclusive (personne ne peut en être privé) et s’épuise si ses mécanismes de régénération sont détruits. Par exemple, l’IA supprime des postes débutants où les jeunes professionnels acquièrent leur expertise par l’erreur et l’expérience. Sans ces «frictions cognitives», la société perd progressivement sa capacité à comprendre des concepts complexes, comme la loi de Poisson, sans assistance artificielle.
L’IA menace la régénération de l’expertise professionnelle, notamment en éliminant les postes juniors où les débutants apprennent leur métier. Lovett cite des travaux récents montrant que ces emplois disparaissent systématiquement, sans que les décideurs politiques n’en mesurent l’impact sur la transmission des savoirs. Par exemple, dans les mathématiques, l’IA permet d’obtenir rapidement des résultats brillants, mais c’est précisément ce processus long et difficile qui forge la créativité des chercheurs. Sans ces étapes, les futurs experts risquent de ne plus maîtriser les bases, comme le montre la crise de la communauté mathématique en 2026, où des chercheurs quittent le domaine pour rejoindre des entreprises technologiques.
La guerre cognitive, reconnue par l’OTAN en 2024, cible les processus mentaux et émotionnels des individus pour influencer leurs décisions. En déléguant une part croissante de nos réflexions à l’IA, nous devenons vulnérables à des manipulations ciblées. Par exemple, les jeunes de moins de 30 ans, habitués à interagir avec des algorithmes pour gérer leurs émotions ou leurs dilemmes personnels, pourraient être plus sensibles à des attaques psychologiques exploitant ces failles. Lovett souligne que cette dépendance réduit aussi notre capacité à critiquer les productions de l’IA, surtout en cas de panne ou d’hallucination (erreur subtile et difficile à détecter).
Pour éviter la *tragédie de la cognition commune*, Lovett s’inspire des travaux d’Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie en 2009. Cette chercheuse a montré que des communautés peuvent gérer durablement des ressources communes en appliquant huit principes de gouvernance, comme des limites claires d’utilisation, des sanctions graduées ou des mécanismes de résolution des conflits. Lovett propose trois niveaux d’action pour protéger la cognition collective : au niveau des organisations (créer des espaces d’apprentissage sans IA), des branches professionnelles (exiger des certifications sans assistance artificielle) et des États (subventionner les entreprises qui préservent l’emploi). Ces mesures visent à préserver l’équilibre entre innovation technologique et transmission des savoirs humains.

