Un secret bien gardé : pendant dix ans, l’État a diffusé 37
Pendant 10 ans, l'Etat français a diffusé une fausse monnaie avec la complicité de la Banque de France, sans que personne ne s'en aperçoive. Retour sur cette folle histoire financière digne des plus grands films d'espionnage..
En 1951, la France se relève difficilement de la Seconde Guerre mondiale avec des réserves d’or presque épuisées. Pour maintenir la valeur du franc français, le pays doit respecter la parité avec le dollar, seule monnaie convertible en or depuis les accords de Bretton Woods de 1945. Ces accords imposent une stabilité monétaire internationale, mais la France manque cruellement de métal précieux. Dans ce contexte, le ministre des Finances de l’époque décide de contourner la règle en faisant fabriquer secrètement des copies de pièces d’or anciennes, les 20 francs « coq », frappées entre 1907 et 1914. Ces pièces, officiellement démonétisées depuis 1926, sont remises en circulation sans annonce publique ni décret officiel, marquant le début d’une opération de faux-monnayage d’État sans précédent.
Cette fraude monétaire est menée dans le plus grand secret par l’État français et la Banque de France. Aucune trace officielle n’apparaît dans les documents publics : pas de décret, pas de rapport annuel, pas de communication. Seule une lettre du gouverneur de la Banque de France, se déchargeant de la responsabilité sur son prédécesseur, évoque discrètement l’initiative. Entre 1951 et 1960, 37,5 millions de ces fausses pièces sont produites et injectées dans l’économie. Leur fabrication repose sur un subterfuge : elles imitent parfaitement les pièces originales, mais contiennent moins d’or pour réaliser des économies. Cette opération illustre une stratégie risquée, où l’État agit en dehors des règles monétaires internationales pour préserver sa stabilité financière.
Les pièces contrefaites sont des copies des 20 francs « coq », des pièces en or frappées avant la Première Guerre mondiale. Leur particularité réside dans leur teneur en or : elles ne contiennent que 897,3 millièmes d’or pur, contre 900 millièmes pour les originales. Cette différence, bien que minime, permet à l’État d’économiser 654 kg d’or fin sur l’ensemble de l’opération. Les pièces sont frappées avec une précision telle que leur authenticité est difficile à remettre en cause. Pourtant, leur brillance inhabituelle et leur état neuf, malgré des dates anciennes, finissent par éveiller les soupçons des professionnels du secteur, révélant progressivement la supercherie.
Soixante ans après leur création, ces pièces circulent toujours dans l’économie française. Leur statut juridique reste flou : techniquement considérées comme des *jetons* plutôt que comme des monnaies officielles, elles devraient bénéficier d’une exonération fiscale jusqu’à 5 000 € à la revente. Pourtant, le fisc français applique une *taxation de 11,5 %*, identique à celle des pièces authentiques, créant une controverse persistante. La Banque de France, quant à elle, affirme que ces pièces étaient reconnues comme des monnaies officielles jusqu’en 1973, au même titre que les napoléons authentiques. Cette divergence de vue entre l’administration et les détenteurs de ces pièces soulève des questions sur leur valeur réelle et leur traitement fiscal.

