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Généraliste

Make Québec small again

Le Devoir · mis à jour 22 sept.

Le référendum de 1995 a convaincu le régime canadien de poser des gestes pour raffermir la loyauté des individus..

Mécanisme historique

En 1997, l'auteur propose une théorie selon laquelle la Couronne britannique a utilisé un mécanisme astucieux pour apaiser les tensions politiques au Bas-Canada (ancien nom du Québec) après les rébellions de 1837-1838. Ce mécanisme, inspiré par l'économiste écossais Adam Smith dans son ouvrage La richesse des nations (1776), consistait en une petite loterie destinée à satisfaire le besoin de prestige des élites locales frustrées. Smith suggérait que les rébellions dans les colonies américaines étaient alimentées par l'ambition des élites coloniales, et que des gratifications (comme des postes ou des honneurs) pouvaient calmer ces tensions. Cette idée fut reprise par Lord Durham dans son rapport de 1839, qui recommanda d'offrir des récompenses aux chefs de la rébellion du Bas-Canada pour éviter de futures agitations.

Cooptation des élites

Le sociologue Vilfredo Pareto a théorisé que les élites se maintiennent au pouvoir soit par la force (répression), soit par la cooptation, c'est-à-dire en intégrant les mécontents dans leurs rangs. Au Bas-Canada, après les rébellions de 1837-1838, la Couronne britannique a d'abord utilisé la répression (emprisonnements, exil), puis a opté pour la cooptation dans les années 1840-1850. Des figures clés de l'élite francophone, comme Étienne Parent, Louis-Hippolyte La Fontaine ou George-Étienne Cartier, ont été intégrées au système politique canadien. Cette stratégie a permis de créer une loyauté envers le régime britannique, en offrant des postes et des avantages à ceux qui acceptaient de collaborer.

Intermédiaires locaux

L'écrivain George Orwell a souligné l'importance des intermédiaires locaux pour un empire, car ces derniers connaissent mieux la mentalité de leur peuple et ont tout intérêt à défendre le régime qui les emploie. Au Canada-Uni, Étienne-Paschal Taché, futur premier ministre, illustre ce phénomène. En 1846, il déclarait : « Si jamais ce pays cesse d’être britannique, le dernier coup de canon pour le maintien de la puissance anglaise en Amérique sera tiré par un bras canadien-français. » Cette citation montre comment des élites locales, issues d'un peuple dominé, pouvaient devenir des relais de l'autorité impériale, renforçant ainsi la légitimité du régime.

Parvenus et sinécures

La philosophe Hannah Arendt qualifiait de parvenus ces intermédiaires locaux qui, issus d'un peuple asservi, deviennent des collaborateurs du pouvoir dominant pour accéder à des privilèges. Au Québec, après la Confédération de 1867, les meilleures sinécures (emplois bien rémunérés et peu exigeants) se trouvaient à Ottawa, dans l'administration fédérale. Les aspirants à ce statut au Canada français avaient peu d'options dans le Québec provincial (peu d'emplois publics) ou dans les entreprises privées (contrôlées par les anglophones). La Couronne britannique offrait donc une voie pour une carrière stable, en échange d'une loyauté politique.

Référendums et chantage

Les deux référendums sur la souveraineté du Québec, en 1980 et 1995, ont révélé la persistance du mécanisme de la petite loterie. Lors du premier référendum, le camp du Non a utilisé un chantage économique, présentant des scénarios catastrophiques en cas de victoire du Oui. Le même argumentaire a été répété lors du second référendum. Ces campagnes visaient à dissuader les électeurs en jouant sur la peur des conséquences économiques, comme la perte de subventions fédérales ou la fuite des investissements. Le régime canadien a ainsi renforcé son contrôle en utilisant la dépendance économique comme levier politique.

Grande loterie et clientélisme

Le régime issu de la Constitution de 1982 a élargi le mécanisme de la petite loterie en créant une grande loterie, où de nombreux groupes (associations, entreprises, institutions culturelles) peuvent accéder à des subventions, des postes ou des avantages. Cette dynamique a intensifié le clientélisme, où la loyauté politique devient un critère pour obtenir des ressources. Les élites québécoises doivent désormais faire preuve d'une obséquiosité accrue (soumission excessive) pour conserver leurs privilèges. Cette évolution a rendu le système plus complexe et plus difficile à contester, car les acteurs dépendent de plus en plus des largesses du gouvernement fédéral.

Ce que ça pourrait changer

Selon Pareto, une élite peut se maintenir au pouvoir soit par la force, soit en contrôlant les sphères de la science, de la culture et de l'information. Après le référendum serré de **1995** (50,6 % de *Non* contre 49,4 % de *Oui*), le régime canadien a renforcé son emprise sur ces secteurs en y injectant des milliards. Festivals, universités, maisons d'édition et médias dépendent désormais de subventions fédérales. Pour accéder à ces ressources, les acteurs de ces domaines doivent souvent adapter leurs positions, renonçant à des convictions critiques pour ne pas risquer de perdre leurs financements. Cette dépendance crée une forme de *pacte faustien*, où la survie économique prime sur l'intégrité intellectuelle ou politique.

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