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Daniel Metzler, constructeur de fusées : "à quoi bon fabriquer des fusées européennes si nous ne pouvons pas les envoyer dans l'espace"

Science & Vie · mis à jour 9 sept.

L'Europe compte bien accélérer sur sa souveraineté spatiale et espère enfin pouvoir envoyer des astronautes en orbite sans l'aide de puissances étrangères. Ainsi, alors qu'Isar Aerospace vient de réussir le lancement de la première fusée privée européenne, le président de l'entreprise allemande, Daniel Metzler, se dit déjà débordé par les demandes.

L'Europe et ses fusées

L’Europe dispose de capacités pour concevoir et fabriquer des fusées spatiales, mais elle dépend actuellement d’autres pays pour les envoyer dans l’espace. Daniel Metzler, un constructeur de fusées européen, souligne que cette situation pose un problème stratégique majeur. En effet, l’Europe produit des lanceurs comme l’Ariane 6, mais ne peut pas les utiliser pleinement sans accès indépendant à l’espace. Cela limite son autonomie dans le domaine spatial, un secteur de plus en plus concurrentiel et stratégique. L’enjeu n’est pas seulement technique, mais aussi économique et géopolitique : sans capacité de lancement autonome, l’Europe risque de perdre son influence dans l’exploration spatiale et ses applications civiles ou militaires.

Les lanceurs européens

Les fusées européennes, comme l’Ariane 6, sont conçues pour placer des satellites en orbite ou envoyer des missions scientifiques. Ces lanceurs sont développés par des entreprises et agences européennes, notamment le CNES (Centre National d’Études Spatiales) et l’ESA (Agence Spatiale Européenne). Cependant, leur utilisation dépend souvent de partenariats avec des pays tiers, comme les États-Unis ou la Russie, qui disposent de leurs propres moyens de lancement. Par exemple, l’Ariane 6 a été retardée à plusieurs reprises, en partie à cause de dépendances externes pour des composants ou des lancements. Sans un accès garanti à des pas de tir européens, ces fusées restent sous-utilisées, malgré leur potentiel technologique.

L'enjeu de l'autonomie spatiale

L’autonomie spatiale désigne la capacité d’un pays ou d’un groupe de pays à envoyer ses propres satellites ou missions sans dépendre d’autres nations. Pour l’Europe, cette autonomie est cruciale car elle permet de garantir l’accès à l’espace pour des applications civiles (télécommunications, observation de la Terre) ou militaires (renseignement, défense). Actuellement, l’Europe utilise principalement le cosmodrome de Kourou, en Guyane française, pour ses lancements, mais ce site dépend de collaborations internationales. Daniel Metzler explique que sans une filière de lancement 100 % européenne, l’industrie spatiale du continent reste vulnérable aux décisions politiques ou économiques extérieures.

Les défis industriels

Le secteur spatial européen fait face à des défis industriels et financiers. Les coûts de développement des fusées, comme l’Ariane 6, sont élevés, et la concurrence internationale, notamment avec SpaceX (États-Unis), pousse les acteurs européens à innover pour rester compétitifs. Cependant, les retards et les surcoûts réduisent la rentabilité de ces projets. Par ailleurs, l’Europe doit aussi faire face à des enjeux de souveraineté technologique, comme la maîtrise des moteurs ou des matériaux utilisés. Sans une chaîne de production et de lancement entièrement européenne, le continent risque de perdre des parts de marché face à des acteurs mieux intégrés.

Ce que ça pourrait changer

Pour résoudre ce problème, l’Europe explore plusieurs pistes. D’abord, elle cherche à développer des lanceurs réutilisables, une technologie maîtrisée par *SpaceX*, afin de réduire les coûts. Ensuite, elle investit dans des infrastructures de lancement alternatives, comme le *Spaceport* de Sutherland en Écosse, pour diversifier ses options. Enfin, l’ESA et les États membres discutent d’une coordination renforcée entre les acteurs publics et privés, afin de mutualiser les ressources et éviter les doublons. L’objectif est de créer une filière spatiale européenne complète, de la conception à la mise en orbite, pour garantir une autonomie durable.

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