Moins de 2 litres : des chercheurs expliquent la quantité d'eau dont le corps a réellement besoin
Vider plusieurs verres d'eau par jour s'impose comme une règle de santé que personne ne discute. Elle ne repose pourtant sur aucune donnée physiologique solide.
La recommandation courante d’ingérer deux litres d’eau par jour, soit environ huit verres, ne repose sur aucune base scientifique solide. Elle s’est imposée principalement grâce à des stratégies marketing des grandes marques d’eau en bouteille, et non à partir d’études physiologiques. En novembre 2022, une étude internationale dirigée par Yosuke Yamada et John Speakman a analysé les besoins réels en eau de 5 604 personnes dans 23 pays. Leurs résultats montrent que les besoins varient considérablement d’une personne à l’autre, rendant cette règle universelle inadaptée. Les chercheurs soulignent que cette consigne ne tient pas compte des différences individuelles, comme l’alimentation ou le niveau d’activité physique.
Pour évaluer les besoins en eau, les scientifiques ont utilisé une méthode innovante : l’eau marquée au deutérium. Le deutérium est un isotope stable de l’hydrogène, c’est-à-dire une version légèrement plus lourde de cet atome, mais sans danger pour l’organisme. En suivant la disparition de ce traceur dans le corps, ils ont pu mesurer le renouvellement hydrique quotidien, c’est-à-dire la quantité d’eau qui entre et sort de l’organisme chaque jour. Cette technique a été appliquée à des participants âgés de huit jours à 96 ans, couvrant ainsi un large éventail d’âges. Les résultats révèlent que le renouvellement hydrique moyen est de 4,2 litres par jour pour les hommes de 20 à 35 ans et de 3,3 litres pour les femmes de 20 à 40 ans, avec une diminution progressive avec l’âge.
Plusieurs éléments modulent les besoins en eau d’une personne. Le métabolisme, c’est-à-dire l’énergie que le corps brûle au repos et à l’effort, est le principal déterminant. Les conditions environnementales jouent aussi un rôle : la chaleur, l’humidité et l’altitude augmentent les pertes d’eau. L’activité physique ajoute environ un litre d’eau par jour aux besoins. La grossesse et l’allaitement augmentent également la demande en eau. À l’inverse, une personne âgée et moins active aura des besoins réduits. Les habitants des pays en développement, soumis à des climats moins contrôlés, renouvellent souvent plus d’eau en raison de l’absence de climatisation. Ces variations expliquent pourquoi une règle unique ne peut convenir à tous.
Contrairement aux idées reçues, les besoins réels en eau à boire sont souvent inférieurs à ce que suggère la règle des deux litres. En effet, près de la moitié de l’eau nécessaire provient de l’alimentation : fruits, légumes, soupes et plats cuisinés en contiennent une quantité significative. De plus, le corps produit de l’eau lors du métabolisme, c’est-à-dire lors de la transformation des aliments en énergie. Une fois ces apports soustraits, un homme jeune doit boire environ 1,5 à 1,8 litre par jour, et une femme jeune environ 1,3 à 1,4 litre. Dans la plupart des cas, la soif suffit à ajuster ces besoins. Cependant, une déshydratation chronique a été associée à un risque accru de 20 % de décès prématuré dans des études antérieures. Les situations comme les climats chauds, l’activité intense, la grossesse ou l’allaitement nécessitent une hydratation accrue.
Les chercheurs insistent sur l’importance d’écouter son corps plutôt que de se fier à des recommandations arbitraires. La soif est un indicateur fiable pour la plupart des gens, sauf dans des cas spécifiques comme les personnes âgées ou celles souffrant de troubles de la soif. Les besoins en eau varient tellement d’une personne à l’autre qu’il est plus judicieux de s’adapter à ses propres signaux plutôt que de suivre une règle générale. Cette approche permet d’éviter à la fois la déshydratation et une surconsommation d’eau, qui peut aussi être néfaste. Les résultats de l’étude de Yamada et Speakman montrent que les besoins en eau sont bien moins standardisés qu’on ne le pense, et que la flexibilité est la clé d’une bonne hydratation.

