«Nous refusons d’être la poubelle de Paris» : à Vitry-sur-Seine, le projet de méga-incinérateur indigne les associations
Voté par la Ville de Paris en fin d’année dernière, le projet de méga-incinérateur de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) n'en finit plus de faire débat. Réuni·es ce mardi devant l'hôtel de ville, les opposant·es au projet fustigent les risques sanitaires encourus et le manque de concertation..
Le projet Thermo-sur-Seine est un méga-incinérateur de déchets prévu à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), annoncé fin 2025 par la Ville de Paris. Son objectif est de décarboner le réseau de chaleur urbain parisien en remplaçant 50 % du gaz actuel par de l'énergie issue de l'incinération de 450 000 tonnes de déchets par an, dont du bois B (bois faiblement traité) et des combustibles solides de récupération (CSR, déchets recyclables ou non valorisables autrement). Le projet, porté par Dalkia (filiale d'EDF), doit réduire la part du gaz dans le mix énergétique parisien de 50 % à 22 %, avec un coût estimé à 5 €/MWh contre 59 €/MWh pour le gaz. Son budget s'élève à 1,2 milliard d'euros, et il vise aussi à renforcer la souveraineté énergétique de Paris tout en limitant l'impact sur le pouvoir d'achat des usagers.
L'incinérateur pompera l'eau de la Seine pour produire de la chaleur via la combustion des déchets. Les déchets seront acheminés depuis un rayon de 300 kilomètres, ce qui soulève des questions logistiques et environnementales. Le réseau de chaleur parisien, long de plus de 500 kilomètres, alimente déjà près d'un million d'habitants, dont 200 000 en dehors de Paris. Cependant, le projet repose sur une technologie controversée : l'incinération, souvent présentée comme une solution verte, est régulièrement critiquée pour ses émissions de substances toxiques, comme les PFAS (polluants éternels persistants dans l'environnement). Ces substances sont notamment associées à des risques accrus de cancers, de malformations génitales et de troubles endocriniens.
Le projet suscite une forte opposition de la part d'associations locales comme Acid-Vitry, 3R, Alic et Les Soulèvements de la Terre, qui dénoncent un projet archaïque et injuste. Elles soulignent que Vitry-sur-Seine, une banlieue populaire, serait transformée en poubelle de Paris, avec des risques sanitaires majeurs pour les 500 000 habitants vivant dans un rayon de 4 kilomètres autour du site. Les opposants rappellent qu'aux États-Unis, la majorité des incinérateurs sont situés dans des zones défavorisées, une logique qu'ils estiment reproduite ici. Ils pointent aussi l'absence d'accord des collectivités locales (mairie de Vitry-sur-Seine, département du Val-de-Marne) et dénoncent un projet anti-démocratique.
Les opposants s'appuient sur des études, comme celles menées près de l'incinérateur d'Ivry-sur-Seine (le plus grand d'Europe), qui ont révélé la présence de PFAS dans les filtres d'aération d'écoles voisines. Ces polluants, qualifiés d'éternels car ils ne se dégradent pas, sont liés à des problèmes de santé graves. Les associations citent des rapports accusant l'incinération de déchets d'entraîner des cancers, des malformations et des troubles hormonaux. Elles rappellent que le Val-de-Marne compte déjà trois incinérateurs (Créteil, Rungis, Ivry-sur-Seine) et que l'ajout d'un quatrième aggraverait la situation. Les militants, comme Mathilde Rousseau (médecin et coprésidente de 3R), insistent sur l'urgence de réduire les déchets à la source plutôt que de les brûler.
La Ville de Paris organise une concertation préalable jusqu'au 1er novembre 2026, sous l'égide de la Commission nationale du débat public (CNDP), pour recueillir les observations du public. Cependant, les opposants la jugent insuffisante, car elle exclut des experts (chercheurs, scientifiques, médecins) et ne permettrait pas d'inverser la décision. Une votation citoyenne est prévue en décembre à Vitry-sur-Seine, mais les associations restent sceptiques quant à son impact. Une pétition contre le projet, lancée par 3R, Acid-Vitry et Alic, compte déjà près de 5 000 signatures, tandis que celle du département du Val-de-Marne en recense plus de 18 000.
Les opposants proposent des solutions alternatives pour décarboner le réseau de chaleur parisien, comme la rénovation des bâtiments pour réduire les besoins énergétiques. Ils critiquent l'argent public investi dans des solutions de traitement des déchets plutôt que dans la prévention et le recyclage. Certains élus écologistes, comme Sylvain Raifaud (président du groupe écologiste du Grand Paris), partagent ces critiques et appellent à un rapport de force avec les industriels. Les associations insistent sur la nécessité de mobiliser les citoyens pour faire pression sur les décideurs politiques, tout en continuant à informer le public sur les risques du projet.
Le projet est porté par la majorité socialiste et verte de la Ville de Paris, ce qui crée des tensions au sein des écologistes. Certains élus, comme Sophia Chikirou et Christophe Prudhomme (La France insoumise), s'opposent publiquement au projet, tandis que d'autres, comme Marine Tondelier (secrétaire nationale des Écologistes), sont critiqués pour leur soutien à une solution qu'ils jugent contradictoire avec leurs valeurs. Sylvain Raifaud, seul élu écologiste à s'opposer ouvertement, souligne l'*inconfort* de sa position face aux industriels. Le projet illustre ainsi les divisions au sein de la gauche sur la transition écologique et la gestion des déchets.

