NapseflowNapseflow
Sciences

L'acidification des océans pourrait faire rétrécir de moitié le cerveau des calamars et perturber leur chasse

Science & Vie · mis à jour il y a 23 j

Élevés dans une eau au pH prévu pour 2100, des calamars perdent 49 % de leur volume cérébral en 90 jours. L'acidification des océans toucherait en priorité leurs lobes optiques..

Acidification des océans

L’acidification des océans désigne l’augmentation progressive du niveau d’acidité (baisse du pH) dans les eaux marines, principalement causée par l’absorption de dioxyde de carbone (CO₂) présent dans l’atmosphère. Depuis la révolution industrielle, les activités humaines, comme la combustion d’énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), ont rejeté d’énormes quantités de CO₂. Environ 30 % de ce gaz est absorbé par les océans, où il réagit avec l’eau pour former de l’acide carbonique. Ce phénomène réduit la disponibilité des ions carbonate, essentiels à la formation des coquilles et squelettes des organismes marins comme les coraux ou les mollusques. Les océans sont aujourd’hui 30 % plus acides qu’au début du XXe siècle, et ce taux pourrait doubler d’ici 2100 si les émissions de CO₂ ne sont pas réduites.

Impact sur les calamars

Une étude récente révèle que l’acidification des océans pourrait avoir des conséquences dramatiques sur le développement cérébral des calamars. Ces céphalopodes, connus pour leur intelligence et leur capacité à chasser avec précision, voient leur cerveau réduire de moitié en volume dans un environnement plus acide. Les chercheurs ont observé que les calamars exposés à des niveaux d’acidité élevés (simulant ceux attendus d’ici 2100) développent des cerveaux 50 % plus petits que la normale. Cette réduction affecte notamment les lobes verticaux, des zones cérébrales impliquées dans la mémoire et la prise de décision. Les calamars deviennent ainsi moins efficaces pour localiser leurs proies ou éviter les prédateurs.

Perturbation de la chasse

La chasse chez les calamars repose sur des compétences complexes, comme la détection des mouvements de leurs proies ou l’adaptation de leur stratégie en temps réel. Avec un cerveau réduit, ces animaux perdent une partie de leur agilité mentale. Les scientifiques estiment que leur taux de réussite à la chasse pourrait chuter de 30 à 50 %, car ils mettent plus de temps à analyser leur environnement et à réagir. Par exemple, un calamar pourrait confondre une proie avec un obstacle ou ne pas détecter un prédateur à temps. Cette perturbation menace leur survie, surtout dans des écosystèmes déjà fragilisés par le changement climatique.

Conséquences écologiques

Les calamars jouent un rôle clé dans les chaînes alimentaires marines. Ils servent de proies à de nombreux poissons, mammifères marins et oiseaux, tout en régulant les populations de petits poissons et crustacés. Une baisse de leur population ou de leurs capacités de chasse pourrait déséquilibrer ces écosystèmes. Par exemple, une réduction des calamars pourrait entraîner une surpopulation de leurs proies, comme les petits poissons, qui à leur tour épuiseraient les ressources planctoniques. Les scientifiques craignent aussi un effet en cascade sur les espèces qui dépendent des calamars pour se nourrir, comme les thons ou les dauphins.

Ce que ça pourrait changer

Pour limiter ces impacts, les chercheurs soulignent l’urgence de réduire les émissions mondiales de CO₂. Des mesures comme la transition vers les énergies renouvelables, l’amélioration de l’efficacité énergétique ou la protection des océans pourraient atténuer l’acidification. Certains scientifiques explorent aussi des solutions locales, comme la création de zones marines protégées où les calamars pourraient se reproduire sans stress environnemental. Cependant, ces mesures restent insuffisantes sans une action globale. Les calamars, comme de nombreux autres organismes marins, sont des indicateurs de la santé des océans : leur déclin est un signal d’alarme pour l’ensemble de l’écosystème.

Sujets complémentaires