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Géopolitique

Rafiq, éleveur de pigeons en Syrie : “Cette obsession vous tient à l’écart du monde”

Courrier International · mis à jour il y a 1 j

À Daraya, dans la campagne de Damas, Rafiq Jamaleddine élève des pigeons depuis l’enfance, perpétuant une tradition ancestrale en Syrie mise à mal par la guerre. Il reconnaît chacun de ses volatiles à leur manière de voler et consacre une grande partie de ses journées à en prendre soin.

Rafiq et sa passion

Rafiq Jamaleddine est un éleveur de pigeons syrien vivant à Daraya, une ville située dans la campagne de Damas. Depuis son enfance, il élève ces oiseaux, perpétuant une tradition familiale qui remonte à trois générations. À l’âge de 10 ans, il a commencé à s’occuper des pigeons, tout comme son grand-père et ses frères. Rafiq qualifie cette passion de "obsession", un terme utilisé localement pour décrire une activité qui capte toute l’attention de ceux qui s’y adonnent, au point de s’éloigner des préoccupations quotidiennes. Chaque matin, il monte sur le toit de sa maison pour observer et interagir avec ses pigeons, une routine qu’il décrit comme apaisante et gratifiante. Il les reconnaît individuellement grâce à leur manière de voler et communique avec eux en sifflant ou en agitant un morceau de tissu, ce qui les fait s’envoler en cercles au-dessus du quartier. Pour lui, ces moments partagés avec ses oiseaux, accompagnés d’un café, sont une source de plaisir simple et de connexion avec une tradition ancrée dans sa culture.

Un héritage culturel

L’élevage de pigeons en Syrie, et particulièrement à Daraya, est bien plus qu’une simple passion : c’est une tradition transmise de génération en génération. Rafiq fait partie d’une famille où cette pratique est profondément ancrée, illustrant ainsi un héritage culturel qui dépasse le simple loisir. Les pigeons occupent une place particulière dans la société syrienne, notamment pour leur rôle dans les compétitions de vol ou leur symbolique de paix et de liberté. Cependant, cette tradition est aujourd’hui menacée par les conséquences de la guerre en Syrie, qui a profondément bouleversé la vie quotidienne des habitants. Malgré les difficultés, Rafiq continue de perpétuer cette pratique, offrant un témoignage vivant d’une culture résiliente face aux épreuves. Son histoire met en lumière l’importance des traditions locales comme moyen de préserver l’identité et la mémoire collective dans un contexte de crise.

Routine et résilience

La routine quotidienne de Rafiq, centrée sur ses pigeons, lui permet de trouver un équilibre dans un environnement marqué par l’instabilité. Chaque matin, il consacre deux heures à observer et à s’occuper de ses oiseaux, une activité qui lui offre une échappatoire aux tensions extérieures. Cette pratique lui permet de maintenir un lien avec le passé et avec sa communauté, tout en trouvant une forme de sérénité dans un quotidien souvent difficile. Son témoignage illustre comment une passion peut devenir un refuge, surtout dans des contextes où les perspectives d’avenir sont incertaines. Pour Rafiq, cette obsession n’est pas un simple passe-temps, mais une véritable philosophie de vie qui l’aide à garder le cap malgré les épreuves.

Le média Enab Baladi

L’article est issu du média syrien Enab Baladi, qui signifie "Les Raisins de mon pays" en arabe. Fondé en 2011 dans le sillage de la révolte contre le régime de Bachar el-Assad, ce média indépendant est né à Daraya, une ville proche de Damas. Il a été créé par des journalistes citoyens et des militants opposés au régime, avec pour mission de fournir un journalisme "indépendant et crédible" en Syrie. Enab Baladi a su s’imposer comme l’un des principaux médias alternatifs du pays, malgré les difficultés liées à la guerre. Le journal a d’abord été imprimé à Daraya en 2013, puis a déménagé en Turquie avant de rouvrir un siège à Damas en janvier 2025, après la chute du régime. Son travail met en lumière des histoires comme celle de Rafiq, offrant un aperçu des traditions et des défis de la société syrienne contemporaine.

Ce que ça pourrait changer

L’histoire de Rafiq s’inscrit dans un contexte syrien marqué par des années de conflit. Daraya, où il vit, a été le théâtre de violences, notamment en août 2012, lorsque les forces du régime d’Assad ont tué plus de 700 civils et détruit les bureaux du média *Enab Baladi*. Malgré ces épreuves, la ville et ses habitants continuent de résister et de préserver leur culture. L’élevage de pigeons, bien que menacé par la guerre, reste un symbole de résistance et de continuité. Cet article, publié le 19 septembre 2026, offre un regard sur la vie quotidienne en Syrie après des années de crise, montrant comment les traditions locales peuvent survivre et s’épanouir même dans les moments les plus sombres. Il illustre également le rôle des médias indépendants comme *Enab Baladi* dans la préservation de l’histoire et de l’identité syrienne.

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