Des archéologues découvrent le plus vieux système d'irrigation du monde : il a 7 500 ans et ferait parti de la première ville de l'histoire
En Mésopotamie, les fleuves nourrissaient les villes, mais leurs crues et les cultures modernes ont presque tout effacé de leurs champs. Dans le sud de l'Irak, un désert a pourtant gardé intact un damier de fossés et de parcelles.
Des archéologues ont mis au jour le plus ancien système d'irrigation connu au monde, datant de 7 500 ans. Cette découverte suggère que ce réseau faisait partie intégrante de la première ville de l'histoire humaine. Située dans la région de Mésopotamie (actuel Irak), cette ville, appelée Tell Brak, est considérée comme l'un des premiers établissements urbains organisés. Un système d'irrigation permet de détourner l'eau des rivières ou des nappes phréatiques vers des champs cultivés, afin d'assurer des récoltes même en période de sécheresse. Ce réseau ancien, composé de canaux et de fossés, démontre une maîtrise précoce de l'ingénierie hydraulique par les sociétés humaines.
La découverte de ce système d'irrigation à Tell Brak est révolutionnaire car elle recule de plusieurs siècles la date à laquelle les humains ont commencé à organiser des réseaux hydrauliques complexes. Auparavant, les plus anciens systèmes connus dataient d'environ 5 000 ans. Cette avancée suggère que les premières villes, comme Tell Brak, dépendaient déjà de techniques avancées pour gérer les ressources en eau, un facteur clé dans le développement des civilisations. La Mésopotamie, berceau de l'écriture et de l'agriculture organisée, confirme ainsi son rôle central dans l'histoire de l'humanité.
Les archéologues ont utilisé des techniques de datation au carbone 14 pour déterminer l'âge du système d'irrigation. Le carbone 14 est un isotope radioactif du carbone présent dans tous les organismes vivants. Lorsqu'un organisme meurt, son carbone 14 se désintègre à un rythme connu, permettant aux scientifiques de calculer l'âge des artefacts ou des structures organiques. Dans ce cas, les échantillons de bois, de graines ou de charbon trouvés dans les couches archéologiques ont permis d'estimer que le système datait bien de 7 500 ans.
L'existence de ce système d'irrigation à une époque aussi reculée montre que les sociétés anciennes avaient compris l'importance de contrôler l'eau pour nourrir une population croissante. Sans irrigation, les cultures dépendent uniquement des pluies, ce qui limite les rendements et expose les populations à des famines en cas de sécheresse. Ce réseau permettait probablement de cultiver des céréales comme l'orge ou le blé, bases de l'alimentation mésopotamienne. Il a pu contribuer à la sédentarisation des populations et à la croissance démographique de Tell Brak.
Tell Brak se situe dans le nord de l'actuel Irak, dans une région appelée Jazira. Cette zone, traversée par les fleuves Tigre et Euphrate, était propice à l'agriculture grâce à ses sols fertiles et à son climat semi-aride. Cependant, les pluies y étaient irrégulières, ce qui rendait l'irrigation indispensable pour une agriculture stable. La découverte de ce système confirme que les habitants de Tell Brak avaient su tirer parti de leur environnement malgré ces contraintes climatiques.
Cette découverte a été réalisée par une équipe internationale d'archéologues, dirigée par des chercheurs de l'*Université de Cambridge* (Royaume-Uni) et de l'*Institut archéologique allemand*. Leur travail s'inscrit dans le cadre d'un projet plus large visant à étudier les origines des premières villes et des systèmes politiques complexes. Les fouilles à Tell Brak, menées depuis plusieurs années, ont déjà révélé des traces de murs, de temples et d'objets artisanaux, offrant un aperçu unique de la vie il y a 7 500 ans.

