Canicules qui s'éternisent : 150 ans de données permettent aux chercheurs d'identifier deux «verrous» du ciel qui expliquent la durée des chaleurs extrêmes
Deux configurations de la circulation atmosphérique favoriseraient l'installation durable des canicules en Europe de l'Ouest, selon des chercheurs de l'université de Berne. Leurs simulations éclairent ces épisodes de chaleur qui s'étirent sur plusieurs semaines..
Des chercheurs ont analysé 150 ans de données météorologiques pour comprendre les mécanismes des canicules prolongées. Cette étude rétrospective, basée sur des relevés historiques, permet d'identifier des verrous atmosphériques, c'est-à-dire des phénomènes naturels qui bloquent ou prolongent les périodes de chaleur intense. Les scientifiques ont croisé ces données avec des modèles climatiques modernes pour affiner leur compréhension des dynamiques météorologiques à long terme. Cette approche historique offre une perspective unique sur l'évolution des canicules, souvent étudiées sur des périodes plus courtes.
Les chercheurs ont identifié deux verrous du ciel, c'est-à-dire deux mécanismes atmosphériques qui favorisent la persistance des canicules. Le premier verrou est une anticyclone bloquant, un système de haute pression qui s'installe durablement et empêche les masses d'air frais de circuler. Le second verrou est un courant-jet affaibli, un flux d'air rapide en haute altitude qui, lorsqu'il ralentit, bloque les perturbations météorologiques et maintient les conditions de chaleur. Ces deux phénomènes agissent souvent de concert, créant des situations propices aux vagues de chaleur prolongées.
Lorsque ces verrous atmosphériques se mettent en place, ils prolongent la durée des canicules en maintenant des conditions stables et chaudes. Par exemple, un anticyclone bloquant peut persister pendant plusieurs semaines, empêchant les pluies et favorisant l'accumulation de chaleur au sol. De même, un courant-jet affaibli réduit les échanges d'air entre les régions, maintenant les masses d'air chaud en place. Ces mécanismes expliquent pourquoi certaines canicules durent plus longtemps que d'autres, même dans des contextes climatiques similaires.
Les chercheurs suggèrent que ces verrous atmosphériques sont liés à des perturbations des courants atmosphériques, elles-mêmes influencées par le réchauffement climatique. Par exemple, la fonte accélérée des glaces polaires pourrait affaiblir le courant-jet, rendant les verrous plus fréquents ou plus intenses. Ces mécanismes restent à l'étude, mais ils pourraient expliquer l'augmentation observée des canicules prolongées ces dernières décennies, notamment en Europe et en Amérique du Nord.
Les canicules prolongées ont des impacts majeurs sur les sociétés, notamment en termes de santé publique, d'agriculture et de consommation d'énergie. Par exemple, des vagues de chaleur de plusieurs semaines peuvent entraîner une surmortalité, des pénuries d'eau ou des coupures d'électricité dues à une demande accrue en climatisation. Les chercheurs soulignent l'importance de mieux comprendre ces verrous pour anticiper les risques et adapter les politiques de prévention, comme la création de plans canicule ou la gestion des ressources en eau.
Cette étude ouvre la voie à de nouvelles recherches pour affiner la compréhension des verrous atmosphériques et leur lien avec le changement climatique. Les scientifiques prévoient d'utiliser des modèles climatiques plus précis et des données satellites pour étudier ces phénomènes à l'échelle mondiale. L'objectif est de mieux prévoir les canicules prolongées et d'évaluer leur fréquence future, en tenant compte des scénarios de réchauffement climatique. Ces travaux pourraient aussi aider à distinguer les effets naturels des perturbations liées à l'activité humaine.

