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Société

Dix ans après le Brexit, le Royaume-Uni pourrait-il finir par se disloquer?

Slate FR · mis à jour il y a 4 j

Le nouveau Premier ministre Andy Burnham veut engager une vaste décentralisation du pouvoir, alors que les partis indépendantistes progressent et que Reform UK bouleverse le paysage politique britannique..

Brexit et tensions territoriales

Dix ans après le Brexit, le Royaume-Uni fait face à des tensions croissantes entre Londres et les nations qui le composent. En 2026, les gouvernements écossais, gallois et nord-irlandais réclament davantage de pouvoirs, notamment en matière de droit du travail ou de fiscalité. Ces revendications s'inscrivent dans un contexte où le Brexit (la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne en 2020) a déjà fragilisé l'unité du pays. Les partis nationalistes, comme le Scottish National Party (SNP) en Écosse ou Plaid Cymru au pays de Galles, gagnent en influence, tandis que des formations populistes comme Reform UK (ex-Brexit Party) progressent aussi. Ces dynamiques alimentent un débat sur l'avenir du Royaume-Uni, où la question de l'autonomie des territoires devient centrale.

Projet de dévolution de Burnham

Andy Burnham, nouveau Premier ministre travailliste, propose une réforme majeure : transférer une partie des pouvoirs de Westminster (le Parlement britannique) vers les régions et collectivités locales, en Angleterre comme dans les nations dévolues. Cette dévolution (transfert de compétences de l'État central vers des entités locales ou régionales) vise à rapprocher le pouvoir des citoyens. Burnham s'inspire de son expérience à la tête de l'autorité régionale de Greater Manchester (Grand Manchester), où il a géré des compétences comme les transports ou l'emploi. Son objectif est de créer un modèle plus fédéral, où les maires et gouvernements locaux auraient plus d'autonomie. Cependant, cette approche suscite des critiques, notamment en Écosse, où le SNP craint une dilution des pouvoirs du Parlement écossais (Holyrood).

Percée des partis nationalistes

Lors des élections de mai 2026, les partis nationalistes ont marqué l'histoire politique du Royaume-Uni. Au pays de Galles, Plaid Cymru est devenu le premier parti du Senedd (Parlement gallois) avec 43 sièges sur 96, devant le Labour (9 sièges) et Reform UK (34 sièges). En Écosse, le SNP reste dominant avec 58 sièges sur 129, malgré une légère baisse, tandis qu'en Irlande du Nord, Sinn Féin (parti nationaliste) conserve sa première place depuis 2022 avec 27 sièges sur 90 à l'Assemblée. Ces résultats illustrent une défiance croissante envers Londres et une demande accrue d'autonomie, voire d'indépendance. Les partis nationalistes signent même un protocole d'accord affirmant le droit de leurs nations à l'autodétermination (le droit de choisir leur statut politique).

Montée de Reform UK

Reform UK, parti populiste de droite dirigé par Nigel Farage, réalise une percée spectaculaire en 2026. Le parti obtient des sièges dans les collectivités locales anglaises, comme à Greater Lincolnshire ou Hull and East Yorkshire, et influence les politiques régionales. Reform UK se positionne comme une force d'opposition majeure, notamment en Écosse et au pays de Galles, où il conteste les politiques dévolues existantes. Le parti propose par exemple de supprimer Education Scotland (l'agence nationale écossaise chargée de l'éducation) ou de revoir la fiscalité sur le revenu, un domaine de compétence du Parlement écossais. Cette montée en puissance crée un paradoxe : en donnant plus de pouvoirs aux territoires, Burnham pourrait aussi renforcer des forces hostiles à sa vision de la dévolution.

Défis et paradoxes de la réforme

La réforme de Burnham soulève plusieurs défis. D'abord, elle risque d'être perçue comme une tentative de Londres pour affaiblir les parlements dévolus, comme Holyrood en Écosse. Ensuite, elle pourrait donner plus de leviers à des partis comme Reform UK, qui utilisent les institutions locales pour contester les politiques dévolues. Par exemple, Reform UK souhaite supprimer des agences écossaises ou modifier des lois fiscales, alors même qu'il s'oppose à une extension de la dévolution. Enfin, cette réforme pourrait affaiblir les campagnes indépendantistes : si les nations obtiennent plus de pouvoirs, la nécessité de l'indépendance pourrait sembler moins urgente. Selon la politologue Hayley Bennett, cette période de transition ouvre des possibilités, mais aussi des risques pour les partis nationalistes.

Ce que ça pourrait changer

Le Royaume-Uni se trouve à un moment charnière de son histoire. D'un côté, la dévolution poussée par Burnham pourrait rapprocher le pouvoir des territoires et répondre à des demandes locales. De l'autre, elle risque de fragmenter davantage le pays en donnant plus de poids à des forces centrifuges, comme les partis nationalistes ou populistes. Les prochaines années seront déterminantes pour savoir si cette réforme renforcera l'unité du pays ou, au contraire, accélérera sa dislocation. Les prochaines élections et les débats constitutionnels à venir seront décisifs pour l'avenir du Royaume-Uni, dont la structure institutionnelle pourrait être profondément remaniée.

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