Un élève perd une main lors du blocage de son lycée dans le nord de la France
Les incidents ont été limités lundi, mais avec l’ajout des syndicats mardi, des appels à une «semaine noire» ont été lancés..
Un mouvement de protestation a débuté le 17 septembre 2023 en région parisienne avant de s'étendre à l'ensemble de la France. Il est porté par des lycéens, rejoints ensuite par des étudiants, et vise à dénoncer les conditions d'enseignement dans les lycées. Les revendications principales concernent le manque de moyens matériels et humains, comme des locaux délabrés, des classes surchargées ou encore des absences d'enseignants non remplacées. Le mouvement s'inscrit dans un contexte politique tendu, à sept mois de l'élection présidentielle française de 2024. Selon l'étude internationale PISA publiée début septembre 2023, les performances des élèves français de 15 ans sont les plus basses jamais enregistrées depuis 2000, bien qu'elles restent dans la moyenne des pays de l'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques).
Lundi 25 septembre 2023, un élève de 15 ans a perdu une main lors d'un blocage de lycée à Lens, dans le nord de la France. Selon le préfet local, la blessure serait due à une grenade, un engin explosif souvent utilisé par les forces de l'ordre lors des manifestations pour disperser les foules. Ce drame a été qualifié de « situation humainement tragique » par le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray. Depuis le début du mouvement, 190 élèves ont été blessés, principalement à cause d'éléments accidentels. Par ailleurs, 5000 interpellations ont été recensées depuis lundi, dont environ 85 % concernent des mineurs. Les autorités ont également fait état de 24 établissements incendiés ou saccagés et de 78 personnels de l'Éducation nationale blessés.
Plusieurs syndicats et associations, dont la Ligue des Droits de l'Homme, accusent le gouvernement de réprimer les mobilisations lycéennes avec une brutalité « disproportionnée ». Six enquêtes ont été ouvertes par la police des polices pour examiner les méthodes utilisées lors des interventions. La Ligue des Droits de l'Homme dénonce une « dérive globale par rapport à l'État de droit ». De son côté, le gouvernement impute les violences à des groupes extérieurs au mouvement, notamment à des militants de La France insoumise (LFI), un parti de gauche radicale. LFI a répondu en déplorant ces violences tout en critiquant la réduction du mouvement à ces débordements. Le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a exprimé sa crainte d'un embrasement national du mouvement.
Les lycéens interrogés estiment que les violences ne sont pas le fait des élèves eux-mêmes, mais de personnes extérieures venues « casser » pour discréditer leur mouvement. Dans certains cas, des individus non liés aux lycées ont provoqué des incidents, comme un feu déclenché sur la porte d'entrée d'un lycée parisien. Face à la colère persistante, une intersyndicale de l'Éducation nationale a appelé à rejoindre les mobilisations mardi 26 septembre 2023. Le syndicat CGT a annoncé vouloir encadrer les manifestations lycéennes. Sur les réseaux sociaux, des appels à une « semaine noire » ont été lancés, prévoyant des blocages quotidiens dans les établissements. À ce stade, 589 lycées étaient perturbés, contre près de 800 vendredi 22 septembre 2023.
Le mouvement lycéen s'inscrit dans un climat social et politique déjà tendu en France. Les prix des carburants ont fortement augmenté, et les sondages donnent Marine Le Pen, candidate d'extrême droite, favorite pour l'élection présidentielle de 2024. Le gouvernement, déjà critiqué pour sa gestion de l'économie, doit faire face à une succession de mouvements sociaux. Le ministre de l'Éducation, Édouard Geffray, a reconnu les problèmes structurels du système éducatif français, tout en soulignant que les violences ne doivent pas occulter les revendications légitimes des lycéens. Les syndicats dénoncent un manque de moyens chronique, notamment dans les quartiers populaires, où les locaux scolaires sont souvent insalubres.

