En Indonésie, la “dangereuse blague” des repas gratuits illustre la “kakistocratie”
Le programme phare du président indonésien, Prabowo Subianto, a provoqué plus de 50 000 cas d’intoxication alimentaire dans le pays, selon le ministère de la Santé. La presse indonésienne dénonce les failles structurelles d’un dispositif déployé à marche forcée, sans les capacités de gouvernance et de gestion nécessaires..
En 2025, le président indonésien Prabowo Subianto a lancé un programme national de repas gratuits et nutritifs, appelé makan bergizi gratis en indonésien, afin de lutter contre la malnutrition et les retards de croissance chez les enfants. Ce dispositif cible notamment les écoles et vise à améliorer la santé des écoliers. Le budget alloué à ce programme s'élève à 232 000 milliards de roupies indonésiennes, soit environ 11,3 milliards d'euros. Malgré ces moyens financiers importants, le programme a rapidement été marqué par des dysfonctionnements majeurs.
Depuis le lancement du programme, plus de 50 000 cas d'intoxication alimentaire ont été recensés dans l'ensemble du pays, selon le ministère de la Santé indonésien. Parmi les victimes, on compte 44 000 écoliers et membres du personnel scolaire, répartis dans 36 provinces de l'archipel. Les intoxications se sont multipliées en septembre 2026, avec 2 000 personnes touchées en trois jours dans plusieurs localités. Les symptômes sont principalement liés à des manquements aux règles d'hygiène et de conservation des aliments.
Les causes des intoxications sont principalement attribuées à des problèmes de gestion et de contrôle des repas distribués. Plus de 80 % des cas sont liés à des manquements aux procédures standards : préparation des repas trop longtemps à l'avance, conservation au-delà des dates limites de consommation, manque d'hygiène lors de la manipulation des ingrédients, ou encore étiquetage incorrect de produits impropres à la consommation. Ces dysfonctionnements révèlent un manque de rigueur dans la mise en œuvre du programme, malgré les moyens financiers importants engagés.
La presse indonésienne, comme le journal Kompas, dénonce les failles structurelles de ce programme, qualifié de dangereuse blague par les manifestants. Ces derniers réclament l'arrêt immédiat du dispositif en raison des risques sanitaires encourus. Les critiques soulignent l'absence de capacités de gouvernance et de gestion nécessaires pour mener à bien un tel projet à grande échelle. Le terme kakistocratie, qui désigne un gouvernement composé des pires dirigeants, est utilisé pour décrire cette situation où des décisions politiques ambitieuses échouent en raison de leur mauvaise exécution.
Ce programme s'inscrit dans la politique sociale du président **Prabowo Subianto**, élu en 2024, qui a fait de la lutte contre la malnutrition une priorité nationale. Cependant, les résultats obtenus jusqu'à présent contrastent fortement avec les ambitions affichées. Les intoxications alimentaires massives et les scandales récurrents remettent en cause la crédibilité du gouvernement et soulèvent des questions sur la **capacité de l'administration indonésienne** à gérer des projets d'envergure sans compromettre la santé publique.

