Rakuten France : « on s’est servi de nous pour fermer la marketplace », accuse Pixmania
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Rakuten France a annoncé la fermeture définitive de sa marketplace française d’ici la fin de l’année 2024. Cette plateforme, anciennement appelée PriceMinister, était un pionnier français du commerce en ligne fondé en 2000 par Pierre Kosciusko-Morizet. Elle a été rachetée par le groupe japonais Rakuten en 2010. La fermeture ne concerne pas les autres activités de Rakuten en France, comme la publicité, le streaming, les télécommunications ou les technologies. La marketplace employait environ 180 salariés. Rakuten a justifié cette décision par des pertes financières persistantes et une baisse de fréquentation de 42 % en dix ans, attribuée à la concurrence d’Amazon, AliExpress, Temu et Shein.
Depuis avril 2024, Rakuten cherchait un repreneur pour sa marketplace. Deux offres fermes ont été déposées : l’une par Pixmania, une startup française spécialisée dans la vente de produits électroniques et membre du FT120 (un indice boursier regroupant 120 startups françaises), et l’autre par un fonds d’investissement étranger. L’offre de Pixmania prévoyait la reprise de l’ensemble de l’activité et la conservation d’environ un tiers des effectifs, soit 60 salariés. Rakuten a finalement refusé les deux propositions, arguant qu’aucune ne répondait à ses critères de préservation des emplois, de viabilité financière et de pérennité à long terme.
Pixmania accuse Rakuten d’avoir utilisé son processus de vente pour justifier la fermeture de la marketplace plutôt que pour la céder. Jean-Émile Rosenblum, CEO et cofondateur de Pixmania, déclare : « On dirait que dès le départ, ils savaient qu’ils voulaient fermer l’entreprise en France plutôt que de la vendre. » Il estime que Rakuten aurait mené les négociations de mauvaise foi, en privilégiant la fermeture à la cession. Pixmania dénonce également l’absence d’accès direct au comité social et économique (CSE) de Rakuten France pour défendre son offre, ce qui aurait limité la transparence du processus.
Rakuten conteste fermement les accusations de Pixmania et affirme que son intention a toujours été de privilégier la cession à la fermeture. La direction explique avoir étudié les deux offres selon trois critères principaux : la préservation des emplois, les garanties financières et la capacité à assurer la pérennité de l’activité à long terme. Rakuten précise que « aucune des offres ne remplissait ces trois critères ». La société souligne également avoir respecté la loi Florange, qui impose aux entreprises de rechercher un repreneur avant de fermer un site entraînant des licenciements, sans pour autant être obligée d’accepter une offre.
Pixmania appelle les pouvoirs publics à examiner les conditions d’évaluation des offres, craignant que la fermeture de PriceMinister ne reflète un affaiblissement du commerce en ligne français face aux plateformes étrangères. Paul Midy, député de l’écosystème *French Tech*, a soutenu cette position en déclarant : *« Entre une fermeture et une cession de Rakuten France, je soutiens évidemment l'option d'une reprise par Pixmania. »* Philippe Corrot, PDG de Mirakl, a également souligné l’impact symbolique de cette disparition pour l’économie française. Pixmania n’a pas encore engagé de recours juridique, mais étudie la possibilité d’une action en justice pour *rupture fautive des pourparlers*.

