Le kintsugi démocratique, ou l’art de réparer les pots électoraux cassés
On doit pouvoir rebâtir un «nous» collectif sans effriter davantage notre tissu social et nos institutions publiques..
Le kintsugi est une technique japonaise de réparation d'objets en céramique ou porcelaine brisés, utilisant de la colle et de la poudre d'or pour assembler les morceaux. Le terme signifie littéralement « jointure en or ». Contrairement aux méthodes classiques qui masquent les fissures, le kintsugi met en valeur les réparations en soulignant les lignes dorées qui suivent les fractures. Cette approche s'inscrit dans la philosophie du wabi-sabi, qui valorise la beauté des imperfections et des choses éphémères. Dans l'article, cette métaphore illustre la volonté de réparer les fractures sociales et politiques sans effacer leur histoire, en reconnaissant les blessures passées plutôt qu'en les niant.
L'article évoque les élections récentes au Québec, marquées par des débats publics et des discours politiques souvent agressifs, voire démagogiques. Les tensions se sont cristallisées autour de clivages géographiques (métropole vs régions) et de questions identitaires, notamment l'immigration, dont le discours s'est durci ces dernières années. L'autrice souligne que ces fractures rappellent des blessures collectives historiques, comme les référendums de 1980 et 1995 sur la souveraineté du Québec. Elle critique l'instrumentalisation politique de ces enjeux, où des groupes de la population sont réduits à des « chiffres » pour servir des stratégies électorales, plutôt que d'être considérés comme des citoyens à part entière.
Le nouveau chef de la nation québécoise, Paul St-Pierre Plamondon, a promis de tendre la main aux autres partis et de gouverner pour l'ensemble des Québécois. Cependant, l'autrice exprime des doutes sur la capacité à concrétiser ce discours rassembleur, notant que certaines déclarations passées du chef ont contribué à creuser les divisions. Elle insiste sur la nécessité de transformer les actions en résultats concrets, notamment en réparant les institutions démocratiques. Parmi les priorités citées, la réforme du mode de scrutin, souvent évoquée mais jamais mise en œuvre, est présentée comme un exemple de changement structurel nécessaire pour renforcer la démocratie.
Au-delà des urnes, la démocratie se joue au quotidien dans les discours publics et les actions de l'État. L'autrice plaide pour une démocratie « plus radicale », qui implique de réparer non seulement les institutions, mais aussi les mentalités et la capacité à débattre collectivement. Elle souligne l'importance de réhumaniser tous les acteurs du débat public : immigrants, personnes en situation d'itinérance, adversaires politiques, compatriotes et individus éloignés géographiquement ou socialement. L'objectif est de reconstruire un « nous » collectif sans aggraver les fractures existantes, en reconnaissant l'humanité de chacun, indépendamment de ses origines ou de ses opinions.
L'autrice termine sur une note à la fois optimiste et prudente. Elle compare la réparation du tissu social à son propre pichet réparé en *kintsugi*, qui tient toujours après une semaine. Elle espère que les morceaux de la société québécoise, bien que fragiles, résisteront aux tensions futures. Cependant, elle appelle à la vigilance pour s'assurer que les promesses de rassemblement se traduisent par des actes. Le texte se conclut sur une réflexion collective autour des services publics et de la construction d'un projet de société « *made in Quebec* », invitant les citoyens à participer activement à cette reconstruction.

