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Société

Pollution: pourquoi cultiver des algues pour absorber le CO2 est une fausse bonne idée

Slate FR · mis à jour il y a 9 j

Depuis les années 2010, les chercheurs érigent la culture d'algues comme un rempart au réchauffement climatique. Une croyance scientifique devenue populaire, qu'une nouvelle étude australienne nuance..

Les algues et leur rôle

Les algues, organismes vivants principalement situés près des côtes, jouent un rôle dans l'absorption du dioxyde de carbone (CO₂) grâce à la photosynthèse. Chaque année, elles absorbent en moyenne 3,7 milliards de tonnes de CO₂, contribuant ainsi à limiter le réchauffement climatique. Ce processus naturel permet aux algues de transformer le CO₂ en matière organique, comme le font les plantes terrestres. Cependant, lorsque les algues meurent et se décomposent, elles libèrent à nouveau du carbone dans l'atmosphère, ce qui équilibre partiellement leur rôle d'absorbeur. Les scientifiques ont longtemps considéré les algues comme une solution prometteuse pour réduire les émissions de CO₂, notamment en cultivant des forêts d'algues brunes à grande échelle.

La culture des algues critiquée

Dans les années 2010, des scientifiques ont proposé de cultiver massivement des algues, notamment des algues brunes, pour absorber davantage de CO₂. Cette idée a gagné en popularité et a été soutenue par des organisations comme l'ONU, qui estime nécessaire de recourir à des solutions naturelles pour lutter contre le changement climatique. À l'échelle mondiale, des forêts d'algues brunes ont été plantées, couvrant jusqu'à 640 000 kilomètres carrés, soit une superficie équivalente à celle de la France. Cependant, une étude récente menée par des chercheurs de l'université d'Australie-Occidentale remet en cause cette approche. Selon eux, la culture des algues émet bien plus de CO₂ que ce que ces organismes n'absorberont une fois matures, rendant cette solution moins efficace qu'escompté.

Déclin des forêts d'algues

Avec l'augmentation des températures des océans, les forêts d'algues brunes, comme le varech, sont en déclin. Les chercheurs estiment que 60 % de ces écosystèmes sont aujourd'hui menacés. Ce déclin pourrait avoir un effet contre-productif : au lieu d'absorber du CO₂, ces algues pourraient finir par en émettre davantage lors de leur décomposition. Karen Filbee-Dexter, principale autrice de l'étude, souligne que la priorité ne devrait pas être de cultiver davantage d'algues, mais plutôt de préserver celles qui existent déjà. Elle explique : « Au lieu de nous demander combien de carbone nous pouvons éliminer grâce aux algues, nous devrions nous demander combien de carbone nous pouvons empêcher d'être rejeté à mesure que ces écosystèmes sont endommagés par le changement climatique. »

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs projets visant à restaurer les forêts d'algues brunes ont échoué ces dernières années. Par exemple, en Norvège, la restauration de 70 hectares d'algues a causé la mort de nombreux oursins, empoisonnés par les plantes. De plus, la forêt rénovée n'absorbera que 50 000 tonnes de CO₂ par an, alors que sa disparition entraînerait l'émission de 14 millions de tonnes de carbone à l'échelle mondiale. Ces échecs montrent la difficulté de trouver un équilibre entre restauration et préservation. L'étude révèle également que préserver les écosystèmes d'algues brunes coûte plus de huit fois moins cher par hectare que de les restaurer. Karen Filbee-Dexter conclut que la restauration et la culture des algues ne constituent pas une solution majeure au changement climatique, bien que ces pratiques ne soient pas totalement inutiles.

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