Trois Nations innues critiquent les promoteurs du projet de GNL Marinvest Energy
Ces communautés affirment ne jamais avoir donné leur appui au projet du gazoduc et d’usines flottantes..
Trois Premières Nations innues du Québec – Essipit, Mashteuiatsh et Pessamit – ont publiquement critiqué le projet de gazoduc et d’usine de production de gaz naturel liquéfié (GNL) porté par Marinvest Energy, renommé Kino Aski. Dans un communiqué commun publié le 13 octobre 2026, elles rejettent catégoriquement l’affirmation des promoteurs selon laquelle ce projet serait «dirigé par les Premières Nations». Les trois communautés précisent qu’elles n’ont ni donné leur consentement ni confié de mandat à Kino Aski pour les représenter ou parler en leur nom. Ce projet industriel, estimé à 30 milliards de dollars, serait construit sur leurs territoires ancestraux, ce qui explique leur opposition frontale. Elles exigent des informations complètes et transparentes, ainsi que des études indépendantes pour évaluer ses impacts environnementaux, sociaux et économiques avant toute prise de décision.
Les trois Premières Nations innues dénoncent le manque criant d’informations disponibles sur le projet Kino Aski, ce qui les empêche de se prononcer de manière éclairée. Elles évoquent même la possibilité de mettre «sur pause» le projet, actuellement discuté en coulisses avec le gouvernement canadien depuis le printemps 2025. En mai 2025, Ressources naturelles Canada avait déjà alerté Marinvest Energy sur les risques d’échec similaires à ceux rencontrés par les projets Énergie Saguenay et GNL Québec, en raison de l’opposition des communautés autochtones. Les Innues réclament des études indépendantes et rigoureuses pour évaluer les conséquences du projet selon leurs propres priorités et processus décisionnels. Sans ces garanties, elles ne pourront pas donner leur consentement libre et éclairé.
Le projet Kino Aski, porté par Marinvest Energy, prévoit la construction d’un gazoduc de 1000 km traversant la forêt boréale québécoise, ainsi que trois usines flottantes de production de GNL dans le Saint-Laurent, près de Baie-Comeau. Selon le prospectus présenté aux investisseurs en septembre 2026, ce mégaprojet industriel pourrait produire jusqu’à 15 millions de tonnes de GNL par an, avec des émissions de gaz à effet de serre jugées très faibles. Bien que le projet n’ait pas encore été soumis à une évaluation environnementale ni présenté publiquement, il a été mis en avant lors du Sommet canadien de l’investissement organisé par le premier ministre Mark Carney, qui vise à faciliter le développement de grands projets industriels. Kino Aski est présenté comme un partenariat entre des acteurs autochtones et privés, mais seule la Nation atikamekw a officiellement accepté d’y participer à ce jour.
Le gouvernement canadien, dirigé par Mark Carney, joue un rôle clé dans l’avancement du projet Kino Aski. Depuis 2025, des discussions secrètes ont lieu entre Marinvest Energy et Ottawa pour obtenir un financement fédéral et une autorisation accélérée en tant que projet «d’intérêt national». Un courriel d’avril 2025, révélé par Greenpeace grâce à la Loi sur l’accès à l’information, montre que Marinvest Energy cherchait des informations sur les aides existantes pour impliquer les communautés autochtones. Investir au Canada, un organisme gouvernemental, a confirmé que le projet pourrait bénéficier de subventions si les Premières Nations y participent. Cependant, le chef Lucien Wabanonik de la Nation Anishnabe du Lac Simon a déjà dénoncé des tentatives de corruption, évoquant des offres financières dès les premières rencontres avec les promoteurs.
Le projet Kino Aski rappelle fortement l’échec du projet GNL Québec, abandonné en 2023 après une opposition massive des communautés autochtones, notamment les Innus du nord du Québec. Ressources naturelles Canada avait alors conseillé à Marinvest Energy d’éviter de reproduire les mêmes erreurs. Malgré ces avertissements, le projet Kino Aski avance sans consultation publique ni évaluation environnementale préalable. Les Innues, dont les territoires seraient directement impactés, soulignent que ce manque de transparence et de rigueur scientifique rend impossible un consentement éclairé. Leur opposition s’inscrit dans une logique de défense de leurs droits territoriaux et de protection de l’environnement, dans un contexte où les projets industriels majeurs au Québec ont souvent négligé les enjeux autochtones.

