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Généraliste

Quel rôle joue l’infertilité dans la faible natalité?

Le Devoir · mis à jour 21 sept.

Des travaux danois laissent supposer que les maladies reproductives pourraient exercer une influence significative..

Baisse historique de la natalité

Au Québec, comme dans le reste du monde, la natalité atteint un niveau historiquement bas. En 2024, l’indice de fécondité au Québec était de 1,35 enfant par femme, un chiffre bien en dessous du seuil de renouvellement de la population (environ 2,1 enfants par femme). Cette baisse n’est pas isolée : elle s’inscrit dans une tendance mondiale, observée notamment au Japon et en Corée du Sud, où les gouvernements peinent à inverser la tendance malgré des politiques pro-natalité. Plusieurs facteurs expliquent ce déclin, dont des éléments socioéconomiques comme le coût de la vie ou le choix de ne pas avoir d’enfants. Cependant, des chercheurs soulignent que ces explications ne suffisent pas à elles seules à rendre compte de la baisse de la natalité.

L’infertilité, facteur sous-estimé

L’infertilité, définie comme l’incapacité à concevoir un enfant après un an d’essais, touche environ un adulte sur six dans le monde selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pourtant, ce problème de santé est rarement cité parmi les causes du déclin de la natalité. Des chercheurs comme Rune Lindahl-Jacobsen, professeur de démographie et d’épidémiologie à l’Université du Danemark du Sud, estiment que l’infertilité joue un rôle significatif dans cette tendance. Bien que son impact exact soit difficile à quantifier, plusieurs indices suggèrent son importance : l’augmentation des recours aux technologies de reproduction assistée (comme la fécondation in vitro), la baisse des avortements et la diminution de l’usage de la contraception orale. Au Danemark, 12 % des naissances proviennent aujourd’hui de techniques de procréation médicalement assistée.

Âge et fertilité en déclin

L’âge des parents est un facteur clé de la fertilité. Les nouveaux parents sont de plus en plus âgés, au Québec comme au Danemark, ce qui réduit naturellement leurs chances de concevoir. Mais au-delà de ce phénomène connu, des chercheurs danois avancent que la fertilité diminue de manière plus générale. Une personne de 30 ans aurait aujourd’hui plus de difficultés à concevoir qu’une personne du même âge en 1950. Cette baisse de la fertilité naturelle s’ajoute aux facteurs socioéconomiques et culturels. Les causes de ce déclin de fond restent partiellement inexpliquées, mais des pistes comme l’exposition à des polluants environnementaux sont étudiées.

Polluants et santé reproductive

Des études récentes, notamment celles menées par l’équipe de Rune Lindahl-Jacobsen, pointent du doigt les polluants environnementaux comme une cause possible de la baisse de la fertilité. Ces substances, comme les perturbateurs endocriniens (bisphénol A, phtalates), les pesticides ou les retardateurs de flamme, sont omniprésentes dans notre environnement. Valérie Langlois, spécialiste en écotoxicologie à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), souligne que ces contaminants nuisent à la reproduction depuis plus de 50 ans, comme l’ont montré des études animales. Par exemple, chez certains poissons, l’exposition à des antidépresseurs chez une génération peut rendre la suivante stérile. Si cette hypothèse se confirme pour les humains, les effets pourraient persister pendant des générations, même en réduisant l’exposition aux polluants.

Ce que ça pourrait changer

Face à l’ampleur du phénomène, des chercheurs danois ont appelé en 2025 à une prise de conscience urgente. Dans un article publié dans *The Lancet*, ils estiment que l’avenir des générations futures dépend de la compréhension des causes de la dénatalité, dont l’infertilité et la pollution. Ils soulignent que les politiques publiques doivent être ajustées rapidement pour intégrer ces nouveaux enjeux. Au Québec, comme ailleurs, les gouvernements proposent des mesures pro-famille (bonus financiers, congés parentaux, places en garderie), mais ces solutions pourraient ne pas suffire si l’infertilité et les polluants environnementaux continuent de peser sur la capacité des adultes à fonder une famille.

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