Débat des chefs : convaincre, oui, mais plaire surtout…
Quelle stratégie les chefs doivent-ils adopter pour se démarquer lors du dernier débat de la campagne?.
Le 23 septembre 2026 se tient le dernier débat de la campagne électorale québécoise, un moment décisif pour les cinq principaux chefs de parti. Cet événement permet aux électeurs de se forger une opinion finale sur les candidats avant le scrutin. Selon Martine St-Victor, stratège en communication, le débat ne se limite pas à la présentation de mesures ou de stratégies : il s’agit surtout d’un concours de popularité. Les électeurs évaluent alors la personnalité des chefs, leur style et leur vibe (atmosphère, manière d’être), se demandant s’ils pourraient les supporter pendant quatre ans. Louis Aucoin, autre stratège, confirme que ce débat marque un tournant : après des semaines de discussions techniques (cadres financiers, programmes), les chefs doivent désormais mettre en avant leur humanité et leur capacité à incarner le rôle de premier ministre.
Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois (PQ), mène dans les intentions de vote depuis le début de la campagne avec 29 % d’appuis, mais ses résultats stagnent depuis des mois. Selon Louis Aucoin, sa stratégie actuelle, centrée sur une opposition systématique à la Coalition Avenir Québec (CAQ), a atteint ses limites. Le stratège recommande au chef péquiste d’adopter un ton plus rassembleur, afin de convaincre les électeurs qu’il peut diriger pour tout le monde, pas seulement pour ses partisans. Martine St-Victor souligne qu’il a été perçu comme maladroit sur la question de l’immigration, mais qu’il a depuis ajusté son style pour paraître plus calme et moins défensif. L’objectif est désormais de rassurer : il doit se comporter comme un futur premier ministre, en montrant qu’il est prêt à assumer cette responsabilité.
Christine Fréchette, cheffe de la Coalition Avenir Québec (CAQ), a longtemps utilisé des épouvantails (arguments alarmistes) pour mobiliser son électorat, comme la menace d’un référendum ou l’influence de Donald Trump. Selon Louis Aucoin, cette stratégie a épuisé ses effets, car les électeurs ont compris le message. Martine St-Victor ajoute que Fréchette devrait plutôt miser sur la stabilité et les apprentissages tirés de son expérience au gouvernement. Elle pourrait dire : « Le passé est le passé, voici ce que j’ai appris et ma vision pour l’avenir. » Cependant, elle doit éviter le mot erreur, trop négatif, qu’elle a déjà utilisé à plusieurs reprises. L’enjeu est de transformer son bilan en atout, sans donner l’impression de nier les problèmes passés.
Charles Milliard, chef du Parti libéral du Québec (PLQ), a dû ajuster sa stratégie en cours de campagne en raison d’un départ tardif, d’un slogan confus et de l’absence de son visage sur l’autocar de campagne. Malgré ces difficultés, les deux analystes soulignent qu’il possède une personnalité rassembleuse, qui séduit de plus en plus d’électeurs à mesure qu’il est connu. Louis Aucoin estime que s’il avait eu six mois de plus pour préparer cette élection (au lieu de quelques semaines), sa campagne aurait été très différente. Pour le dernier débat, Martine St-Victor conseille à Milliard de recentrer son message sur les valeurs fondamentales du PLQ : la rigueur économique et financière, avec l’argument que les libéraux évitent le gaspillage des fonds publics.
Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec, a su séduire une partie de l’électorat grâce à son style direct et son discours anti-establishment, s’adressant à ceux qui en ont ras le bol (en ont assez) des partis traditionnels. Martine St-Victor et Louis Aucoin s’accordent à dire que sa campagne est efficace, avec des interventions percutantes et une capacité à toucher toutes les tranches d’âge. Cependant, sa popularité pourrait s’effriter le jour du vote, car certains électeurs le soutiennent sans adhérer à toutes ses propositions radicales, comme de grosses coupes dans la fonction publique. Les deux stratèges craignent qu’il obtienne un chèque en blanc (un soutien sans réflexion approfondie), qui ne se traduirait pas par des votes concrets.
Ruba Ghazal, co-porte-parole de Québec solidaire (QS), mène une campagne jugée solide par les analystes, avec des propositions concrètes qui parlent directement aux électeurs. Pourtant, ses intentions de vote stagnent dans les sondages. Selon Louis Aucoin, son défi est de *rallier la gauche* (unir les électeurs de gauche autour de QS), en insistant sur le fait que les autres partis ne représentent pas leurs valeurs. Martine St-Victor note que Ghazal a réussi à se détacher des débats chiffrés pour rendre ses idées accessibles, mais qu’elle doit maintenant convaincre que QS est le seul choix pour les électeurs de gauche. Le gagnant du débat, selon Aucoin, sera celui qui formulera l’appel au vote le plus convaincant ce soir-là.

