Un meurtrier parmi les étudiants de la Faculté de droit de McGill
Jeffrey George Ewert a été condamné pour un homicide et une pour tentative de meurtre commis en 1984..
Jeffrey George Ewert, un homme aujourd'hui âgé de 60 ans, a été condamné en 1984 pour un meurtre au second degré et une tentative de meurtre commis en Colombie-Britannique. Ces crimes impliquaient l'agression sexuelle et le meurtre d'une femme, suivis six semaines plus tard d'une attaque violente contre une adolescente de 15 ans, la laissant paralysée à vie. Ces faits, jugés particulièrement graves, ont conduit à une peine de perpétuité. Le terme meurtre au second degré désigne un homicide intentionnel mais non prémédité, tandis que la perpétuité correspond à une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant plusieurs années. La Colombie-Britannique est une province canadienne située sur la côte ouest du pays.
Jeffrey George Ewert purge une peine à perpétuité et a obtenu une libération conditionnelle de jour en 2025, prolongée de six mois en juin 2023. Cette mesure permet à un détenu de quitter la prison pour des activités autorisées (travail, études, etc.) en journée, tout en devant retourner en détention le soir. La Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) évalue son risque de récidive entre modéré et élevé, bien que ce risque soit considéré comme modéré avec un suivi strict en maison de transition. Une maison de transition est un lieu où les détenus en fin de peine peuvent se réadapter à la vie en société sous surveillance. La CLCC a cependant exprimé des inquiétudes concernant son attitude envers les femmes.
Depuis août 2023, Jeffrey George Ewert fréquente la Faculté de droit de l’Université McGill, située à Montréal, au Québec. Cette université est l’une des plus prestigieuses du Canada. Son admission a suscité des vives inquiétudes parmi plusieurs étudiants, notamment des femmes, qui estiment manquer d’informations sur son passé criminel. L’université n’a pas divulgué son cas à la communauté étudiante, invoquant les lois sur la protection de la vie privée. Ces lois visent à protéger les données personnelles des individus. La vice-rectrice de McGill, Angela Campbell, a confirmé que la personne en question n’était plus sur le campus depuis début octobre 2023, une information corroborée par l’avocate de M. Ewert.
Les réactions des étudiants face à la présence de Jeffrey George Ewert à McGill sont divisées. Plusieurs étudiantes, ayant contacté CBC News sous anonymat, expriment un sentiment d’insécurité et critiquent le manque de transparence de l’université. Elles estiment que la communauté, composée majoritairement de jeunes femmes, aurait dû être informée de son passé pour pouvoir établir leurs propres limites. À l’inverse, deux étudiants et l’avocate de M. Ewert, Me Nora Demnati, affirment ne s’être jamais sentis en danger. Ils soulignent que la distinction entre inconfort et menace active est importante. Me Demnati regrette également l’absence de rencontres pour permettre à M. Ewert de rassurer ses pairs.
La libération conditionnelle de Jeffrey George Ewert est assortie de conditions strictes pour limiter les risques de récidive. Parmi ces conditions figurent l’interdiction de fréquenter les débits de boissons (bars, restaurants servant de l’alcool), l’obligation de signaler toute relation avec des femmes, et la possibilité pour son équipe de suivi d’accéder à l’ensemble de ses communications. Le Service correctionnel du Canada (SCC) supervise ces mesures, incluant un suivi continu de ses activités, des rencontres régulières et une évaluation de son environnement personnel et professionnel. Le SCC ne peut cependant pas commenter les détails du cas pour des raisons de confidentialité. En mai 2025, sa libération a été temporairement suspendue en raison de comportements jugés problématiques, comme la sollicitation de numéros de téléphone de femmes.
Jeffrey George Ewert allègue que son enfance a été marquée par de graves abus physiques et psychologiques, ce qui a été pris en compte par la CLCC. Sa mère biologique était Métis (membre d’un peuple autochtone du Canada), mais il a été adopté par une famille blanche de Colombie-Britannique. Son père adoptif était alcoolique et sa mère adoptive souffrait de problèmes de santé mentale. Ewert décrit son enfance comme une période où il se sentait « un individu brisé, qui se détestait et ne savait pas comment aimer ». Son avocate, Me Nora Demnati, affirme qu’il a radicalement changé depuis et qu’il est aujourd’hui sobre depuis des décennies. Ces éléments relèvent des principes Gladue, des règles juridiques canadiennes qui tiennent compte des traumatismes subis par les Autochtones dans le système judiciaire.
Le cas de Jeffrey George Ewert illustre les tensions autour de la **réinsertion sociale** des ex-détenus. Alysha McDonald, professeure adjointe en sociologie à l’Université MacEwan, souligne que l’éducation peut aider à reconstruire une nouvelle identité sociale et à donner un sens à la vie. Cependant, elle critique le **manque d’encadrement** et l’absence d’équilibre entre les efforts de réhabilitation et les inquiétudes des étudiants. Me Demnati plaide pour une approche plus humaine, estimant qu’il faut donner une chance à Ewert de se réintégrer sans être stigmatisé. Elle insiste sur l’idée que la réhabilitation vise à éviter l’ostracisme social, en évitant de rappeler constamment son passé aux anciens détenus.

