Lula ou Flavio Bolsonaro? Le Brésil aux urnes, sous l’œil de Trump
Une enquête publiée samedi soir donne au président sortant 45 % d'intentions de vote, contre 42 % à son rival..
Les Brésiliens votent dimanche pour élire leur président entre Luiz Inacio Lula da Silva, 80 ans, candidat de gauche sortant, et Flavio Bolsonaro, 45 ans, fils de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro. Le scrutin s’annonce extrêmement serré : un sondage Datafolha publié la veille du vote donne Lula à 45 % des intentions de vote et Flavio Bolsonaro à 42 %, soit une marge d’erreur de 2 points près. Aucun des deux candidats n’atteint les 50 % nécessaires pour l’emporter dès le premier tour. Un second tour est prévu le 25 octobre si aucun candidat ne l’emporte dès dimanche. Cette élection est cruciale car le Brésil représente la première puissance économique d’Amérique latine. Le président américain Donald Trump suit de près ce scrutin, ce qui ajoute une dimension géopolitique à l’élection. La droite brésilienne, soutenue par Trump, a récemment remporté plusieurs victoires électorales dans la région, ce qui rend ce vote encore plus symbolique.
Lula et Flavio Bolsonaro incarnent deux visions radicalement différentes pour le Brésil. Lula, ancien président de 2003 à 2010 puis réélu en 2023, est connu pour ses programmes sociaux qui ont sorti des millions de Brésiliens de la pauvreté dans les années 2000. Il met en avant un chômage historiquement bas et une réduction de la déforestation en Amazonie, bien que l’environnement ne soit pas un thème central de la campagne. Flavio Bolsonaro, sénateur et fils de l’ex-président Jair Bolsonaro, se présente comme plus modéré que son père, bien que ce dernier soit actuellement en prison pour avoir tenté de rester au pouvoir après sa défaite en 2022 face à Lula. Flavio Bolsonaro promet une politique de rigueur face à la dette publique et une lutte renforcée contre la criminalité. Les deux candidats s’accusent mutuellement de corruption : Lula a été emprisonné de 2018 à 2019 pour corruption avant que sa condamnation ne soit annulée, tandis que Flavio Bolsonaro est visé par une enquête pour financement illégal d’un film à la gloire de son père.
La campagne électorale brésilienne a été marquée par des scandales et des attaques personnelles plutôt que par des débats sur les programmes politiques. Lula a critiqué Flavio Bolsonaro en déclarant qu’il n’était même pas capable de gérer un immeuble, tandis que Flavio Bolsonaro a rétorqué que le Brésil en avait assez de Lula. Les deux camps se sont également accusés de malversations financières. Par ailleurs, l’ombre de Donald Trump plane sur cette élection. Le président américain a imposé des droits de douane et des sanctions contre le Brésil après le procès de Jair Bolsonaro en 2025. Flavio Bolsonaro, partisan d’un partenariat étroit avec Washington, a reçu le soutien de partisans brandissant des drapeaux américains lors de ses meetings. Lula a appelé Trump à ne pas s’immiscer dans les élections brésiliennes. Ce contexte international ajoute une couche de complexité à un scrutin déjà très polarisé.
Les électeurs brésiliens sont confrontés à des défis majeurs, notamment la hausse du coût de la vie et l’insécurité. Bien que Lula puisse se targuer d’un chômage historiquement bas, de nombreux Brésiliens dénoncent la persistance de la pauvreté et la criminalité. Sur le plan environnemental, Lula met en avant sa réduction de la déforestation en Amazonie, une politique qui avait été abandonnée sous la présidence de Jair Bolsonaro (2019-2022) et qui avait provoqué une indignation internationale. Les communautés indigènes, comme celle du village amazonien de Bau, craignent une aggravation de la déforestation et de l’exploitation minière illégale en cas de victoire de Flavio Bolsonaro. À l’inverse, certains électeurs, comme Carlos Roberto dos Santos, un éleveur de 62 ans, reprochent à Lula ses dépenses publiques élevées et son endettement, et appellent à une politique économique plus stricte.
De nombreux électeurs brésiliens semblent indécis et pourraient faire leur choix au dernier moment. Certains, comme Joelio Camargo, un coursier de 52 ans de Brasilia, ont voté pour Lula par le passé mais envisagent cette fois de changer de camp, bien qu’ils ne souhaitent pas voter pour un Bolsonaro. Cette indécision reflète la polarisation de la société brésilienne et l’absence de consensus sur les solutions à apporter aux problèmes économiques et sociaux du pays. Les sondages montrent que les deux favoris sont encore loin d’une victoire claire, ce qui laisse présager un second tour serré. Les électeurs devront trancher entre la continuité des politiques sociales de Lula et une rupture avec une approche plus libérale et sécuritaire proposée par Flavio Bolsonaro.

