Les rumeurs qui ont changé le monde 10/10 : "La fin du monde approche"
La fin du monde a été annoncée d'innombrables fois. En 2012, rebelotte ! L’antique calendrier maya prendrait fin précisément le 21 décembre.
Le 21 décembre 2012, une rumeur mondiale annonçait la fin du monde selon l'interprétation du calendrier maya, un système de mesure du temps développé par la civilisation maya en Amérique centrale. Cette date marquait selon certains la fin d'un cycle de 5 126 ans, et non une destruction totale. Pourtant, des théories alternatives, diffusées massivement sur les réseaux sociaux et dans les médias, présentaient cette date comme un cataclysme imminent. Par exemple, la petite ville française de Bugarach, en Occitanie, est devenue le symbole de ces croyances : des rumeurs affirmaient qu'elle abritait une arche de Noé géologique capable de sauver l'humanité. Cette rumeur a suscité un afflux de visiteurs et une couverture médiatique intense, notamment dans les journaux télévisés et radiophoniques du 21 décembre 2012.
Les récits de fin du monde, comme celui de 2012, s'inscrivent dans une tradition ancienne. Jean-Noël Lafargue, expert en technologies et enseignant, souligne un lien direct entre les mythes de déluge de l'épopée de Gilgamesh (un texte mésopotamien vieux de près de 4 000 ans) et l'histoire biblique de Noé. Ces récits partagent un même schéma : une catastrophe naturelle (inondation) suivie d'une renaissance. Fleur Hopkins-Loféron, historienne des images, précise que l'apocalypse (du grec apokalypsis, « révélation ») ne désigne pas uniquement une destruction, mais plutôt la fin d'un monde, ouvrant la voie à un nouveau cycle ou à une transformation sociale. Ces mythes ont évolué pour s'adapter aux contextes historiques et culturels.
La rumeur de 2012 est née d'un mélange de croyances anciennes et de spiritualités alternatives, appelé syncrétisme. Fleur Hopkins-Loféron explique que cette rumeur a puisé dans des enseignements d'Orient (comme le bouddhisme ou l'hindouisme), la théosophie (un mouvement spirituel du XIXe siècle) et les courants New Age (mouvements contemporains prônant une harmonie entre l'humain et l'univers). Ces éléments ont été combinés avec des interprétations erronées du calendrier maya, créant une narration complexe et attractive. Les réseaux sociaux ont joué un rôle clé dans la diffusion de ces théories, amplifiant leur portée bien au-delà des cercles marginaux.
Contrairement aux idées reçues, la rumeur de 2012 n'a pas provoqué de panique généralisée. Jean-Noël Lafargue note que les prédictions apocalyptiques ont souvent été utilisées comme des mises en scène ou des métaphores pour aborder des peurs contemporaines, comme l'épuisement des ressources naturelles. Par exemple, les rapports des années 1970 (comme le Rapport Meadows du Club de Rome) avaient prédit un déclin inévitable du modèle industriel actuel en raison de la surconsommation. La rumeur de 2012 a ainsi servi de miroir à ces inquiétudes, sans pour autant déclencher de mouvements de masse. Les archives sonores de l'époque montrent que les médias ont traité l'événement avec un mélange de sérieux et d'humour.
Les récits de fin du monde ont évolué pour refléter les préoccupations actuelles. Jean-Noël Lafargue observe que la fiction contemporaine ne se limite plus à décrire une catastrophe, mais explore aussi les scénarios de reconstruction. Par exemple, des œuvres comme le film Le monde après nous (2023) ou le roman Ravage de René Barjavel (1943) interrogent la place de l'humain dans un monde post-apocalyptique. Fleur Hopkins-Loféron souligne que ces récits tendent à décentrer l'écriture : l'animal, l'environnement ou les sociétés non humaines deviennent des acteurs centraux. Ces nouvelles perspectives visent à imaginer des fins du monde relativement heureuses, où la survie ne repose plus uniquement sur l'humanité.
Les médias, notamment la radio et la télévision, ont joué un rôle ambigu dans la diffusion de la rumeur de 2012. Les archives sonores de l'époque montrent que les journaux télévisés (comme ceux de France 2 et France 3) et les émissions de radio (comme La Tête au carré sur France Inter) ont couvert l'événement avec un mélange de sérieux et de scepticisme. Par exemple, François Hollande, alors candidat à l'élection présidentielle de 2012, a été interrogé sur Europe 1 le 21 décembre pour réagir à la rumeur. Ces couvertures médiatiques ont contribué à normaliser le débat sur la fin du monde, tout en alimentant parfois la confusion entre mythe et réalité.
Se raconter des récits de fin du monde pourrait être un moyen de *s'en prémunir*, comme l'expliquent les experts. Jean-Noël Lafargue et Fleur Hopkins-Loféron suggèrent que ces histoires servent de *catharsis* (une purge émotionnelle) ou de *mise en garde*. En imaginant le pire, les sociétés tentent de se préparer à des crises réelles, comme le changement climatique ou les pandémies. Par exemple, les prédictions des années 1970 sur l'épuisement des ressources se révèlent aujourd'hui partiellement justes, avec des phénomènes comme la raréfaction de l'eau ou la crise énergétique. Ces récits permettent aussi d'explorer des questions existentielles, comme la mortalité de l'espèce humaine ou la place de l'individu dans un écosystème fragile.

