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Géopolitique

À Istanbul, le quartier d’Üsküdar illustre l’étouffement de la démocratie turque

Courrier International · mis à jour il y a 11 j

Emprisonnements, pressions, menaces… Le parti islamo-nationaliste a multiplié les coups pour s’emparer de l’arrondissement stambouliote d’Üsküdar, très cher aux yeux de Recep Tayyip Erdogan. Scandalisée, l’opposition essaie de s’organiser pour contrecarrer ce qu’elle considère comme un déni de démocratie..

Üsküdar, bastion politique

Üsküdar est un quartier d'Istanbul situé sur la rive asiatique du Bosphore, connu pour être un arrondissement conservateur de classe moyenne. Il revêt une importance symbolique particulière pour Recep Tayyip Erdogan, président turc islamo-nationaliste, car il y possède une résidence et a fait construire la mosquée de Çamlica, la plus grande de Turquie, en 2019. Ce quartier, dirigé par des islamistes depuis 1994, avait basculé en 2024 sous le contrôle du parti kémaliste (CHP), un parti nationaliste et laïque opposé à Erdogan. Ce changement politique a marqué un tournant dans l'histoire locale, illustrant une possible montée de l'opposition face au pouvoir en place.

Basculement et élections

En 2026, l'opposition a remporté à nouveau l'élection municipale d'Üsküdar, avec une avance extrêmement serrée de seulement quatre voix. La nouvelle maire élue, Sinem Dedetas, a été emprisonnée fin juillet 2026 pour des accusations de corruption et démise de ses fonctions. Le parti d'Erdogan, l'AKP (Parti de la justice et du développement), a contesté ce résultat en obtenant l'annulation de l'élection par un tribunal. Un nouveau scrutin a été organisé en septembre 2026, dans un climat tendu où l'opposition dénonce des pressions politiques et des entraves à la démocratie.

Stratégie de l'AKP

L'AKP, parti au pouvoir en Turquie depuis 2002, a multiplié les manœuvres pour reprendre le contrôle d'Üsküdar, un quartier symbolique pour Erdogan. Après l'emprisonnement de la maire élue et l'annulation de l'élection, le parti a obtenu un nouveau vote en septembre 2026. Cette stratégie s'inscrit dans une tendance plus large de restriction des libertés démocratiques en Turquie, où l'opposition est régulièrement ciblée par des accusations judiciaires et des pressions politiques. Üsküdar devient ainsi un exemple concret de cette dynamique, où les règles démocratiques semblent être contournées au profit du maintien du pouvoir.

Réaction de l'opposition

Face à ces manœuvres, l'opposition turque, menée par des figures comme Ekrem Imamoglu, maire d'Istanbul et principal opposant à Erdogan, dénonce un déni de démocratie. Les partis d'opposition tentent de s'organiser pour contrecarrer les actions de l'AKP, mais ils font face à des obstacles juridiques et politiques croissants. L'emprisonnement de Sinem Dedetas et l'annulation de l'élection illustrent selon eux une volonté du pouvoir de museler toute opposition, même dans des quartiers traditionnellement acquis à Erdogan. Cette situation soulève des questions sur la santé de la démocratie turque et sur la capacité des institutions à garantir des élections libres.

Ce que ça pourrait changer

Cette affaire s'inscrit dans un contexte plus large de restrictions démocratiques en Turquie. Sous la présidence d'Erdogan, le pays a connu une concentration du pouvoir entre les mains de l'exécutif, avec des réformes judiciaires et des lois controversées limitant les libertés individuelles et la liberté de la presse. Les opposants politiques, les journalistes et les militants sont régulièrement ciblés par des poursuites judiciaires, souvent motivées par des accusations de *terrorisme* ou de *corruption*. Üsküdar, en tant que quartier emblématique, devient ainsi un symbole de cette tendance, où les mécanismes démocratiques semblent de plus en plus étouffés par des logiques politiques et partisanes.

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