Le journal « La Gueule ouverte » : notre aîné révolutionnaire et subversif
Ce fut une décennie faite d'écologie radicale, d'espoir révolutionnaire de camaraderie et de débrouillardise : l'histoire du journal « La Gueule ouverte », édité dans les années 1970, est racontée dans un livre qui transmet l'énergie et la passion de ces pionniers. Un journal sans publicité et sans actionnaire ? Engagé sur les luttes écologistes ? Non, nous ne parlons pas encore de notre pomme, mais de notre lointain aîné, La Gueule ouverte, qui paraissait dans les années 1970.
Le journal La Gueule ouverte est né en 1972, ce qui en fait l'un des plus anciens titres de la presse écologiste en France. Créé par des militants et des journalistes engagés, il s'inscrit dans la mouvance des médias alternatifs qui émergent après mai 1968. À l'époque, la presse traditionnelle est perçue comme trop conventionnelle, voire complaisante envers les pouvoirs politiques et économiques. La Gueule ouverte se distingue par son ton radical et son refus des compromis, adoptant une ligne éditoriale résolument écologiste, antinucléaire et anti-capitaliste. Le titre lui-même, provocateur, reflète cette volonté de bousculer les normes et de donner la parole à des idées marginalisées. Le journal s'adresse d'abord à un public militant, mais son influence s'étend bien au-delà, touchant des lecteurs sensibles aux questions environnementales et sociales.
La Gueule ouverte se caractérise par une ligne éditoriale radicale, mêlant écologie, anarchisme et critique sociale. Le journal dénonce sans concession les dérives du productivisme, du nucléaire civil et militaire, ainsi que les politiques économiques qui privilégient la croissance à tout prix au détriment de l'environnement. Ses articles s'appuient sur des enquêtes journalistiques fouillées, souvent réalisées par des militants ou des experts indépendants. Le ton est sans appel : le journal ne cherche pas à convaincre, mais à éveiller les consciences et à mobiliser. Cette radicalité lui vaut d'être à la fois admiré par les mouvements écologistes et critiqué par les institutions et les médias dominants, qui le qualifient parfois de « journal de combat » ou de « tribune militante ». Pourtant, son influence sur le débat public reste significative, notamment dans les années 1970 et 1980.
Bien que La Gueule ouverte n'ait jamais atteint une diffusion massive (son tirage maximal est estimé à environ 10 000 exemplaires), son influence dépasse largement son lectorat direct. Le journal a joué un rôle clé dans la diffusion des idées écologistes en France, inspirant toute une génération de militants et de journalistes. Il a notamment contribué à populariser des concepts comme la décroissance, l'antinucléaire ou la critique du capitalisme vert. Son héritage se retrouve dans des médias alternatifs contemporains, ainsi que dans les mouvements écologistes actuels, comme Les Amis de la Terre ou Greenpeace France. Le journal a aussi été un laboratoire d'idées pour des figures comme René Dumont, premier candidat écologiste à une élection présidentielle en 1974. Aujourd'hui, bien que disparu en 1981, La Gueule ouverte reste une référence pour comprendre l'histoire de l'écologie politique en France.
La Gueule ouverte cesse de paraître en 1981, après neuf années d'existence. Plusieurs facteurs expliquent cette disparition : des difficultés financières récurrentes, un épuisement de l'engagement militant de ses fondateurs, et une concurrence accrue avec d'autres titres écologistes ou alternatifs. Pourtant, son héritage intellectuel et politique perdure. Le journal est aujourd'hui étudié par les historiens des médias et des idées pour son rôle pionnier dans l'écologie politique. Des archives de La Gueule ouverte sont conservées dans des centres de documentation spécialisés, comme celui des Archives nationales ou de la Bibliothèque nationale de France. Son approche radicale et son refus des compromis continuent d'inspirer des débats sur la place de l'écologie dans la société, notamment sur la question de l'action directe ou de la désobéissance civile.
Le modèle de *La Gueule ouverte* a marqué durablement la presse alternative en France. Contrairement aux médias traditionnels, le journal reposait sur un financement militant, avec des abonnements et des dons de lecteurs plutôt que sur la publicité ou les subventions publiques. Cette indépendance financière lui permettait de défendre une ligne éditoriale sans compromis, même si cela limitait son audience. Le journal a aussi montré qu'il était possible de concilier journalisme d'investigation et engagement militant, une approche qui sera reprise plus tard par des titres comme *Reporterre* ou *Basta !*. Enfin, *La Gueule ouverte* a prouvé que des idées radicales pouvaient trouver un écho dans le débat public, à condition de s'appuyer sur des enquêtes solides et une communication efficace. Son expérience reste une référence pour les médias alternatifs contemporains.

