En Amérique latine, le soutien aux nouveaux dirigeants de droite s’effrite
Des enquêtes d’opinion au Pérou, en Colombie, au Chili et en Argentine suggèrent que les électeurs perdent patience..
Plusieurs pays d'Amérique latine voient leur soutien aux dirigeants de droite récemment élus s'affaiblir. Au Pérou, en Colombie, au Chili et en Argentine, des sondages révèlent une baisse significative de leur popularité. Par exemple, Keiko Fujimori, présidente du Pérou, est passée de 57% d'approbation à 40% en trois mois, tandis qu'Abelardo de la Espriella, président colombien, a vu sa cote chuter de plus de trois points en un mois. Ces gouvernements avaient été élus sur des promesses de réduire la criminalité, de relancer des économies en difficulté et de renforcer les liens avec les États-Unis sous la présidence de Donald Trump. Cependant, les électeurs semblent déçus par l'absence de résultats concrets. Michael Shifter, chercheur à l'Inter-American Dialogue, souligne que ces attentes étaient probablement irréalistes, car les changements rapides sont difficiles à obtenir.
En Bolivie, le président Rodrigo Paz, élu pour relancer l'économie après une crise historique, fait face à des manifestations massives. Les citoyens lui reprochent notamment de ne pas avoir résolu les pénuries de carburant, malgré ses promesses de favoriser les entreprises. Au Pérou, les électeurs espéraient une réduction des extorsions, mais leur frustration grandit face à l'absence de progrès. Guillermo Loli, directeur des sondages chez Ipsos Peru, explique que les problèmes de longue date comme l'insécurité ne se résolvent pas rapidement. Au Chili, le président José Antonio Kast, le dirigeant le plus à droite depuis la fin de la dictature en 1990, voit son taux d'approbation chuter à 30%, un niveau historiquement bas. Ces exemples illustrent un mécontentement généralisé face à l'incapacité des gouvernements à répondre aux attentes immédiates des populations.
En Argentine, le président ultralibéral Javier Milei, au pouvoir depuis fin 2023, voit sa popularité s'effondrer à des niveaux historiquement bas, un an avant une éventuelle réélection. Une enquête d'opinion, AmericasBarometer, menée auprès de plus de 25 000 personnes dans 21 pays, révèle un faible soutien aux dirigeants de huit pays membres de l'alliance Bouclier des Amériques de Donald Trump, dont l'Argentine, la Bolivie, le Chili et le Paraguay. Michael Shifter souligne que ce rejet ne semble pas lié à l'idéologie des gouvernements, mais plutôt à leur incapacité à produire des résultats rapides. Les électeurs, impatients, attendent des actions concrètes plutôt que des promesses.
Le président salvadorien Nayib Bukele fait figure d'exception en Amérique latine avec une popularité exceptionnelle de 83%, selon *AmericasBarometer*. Son succès repose sur une politique de *fermeté* contre les gangs criminels, ayant fait chuter la criminalité à des niveaux historiquement bas. Pour y parvenir, il a instauré un *état d'exception* en vigueur depuis quatre ans, permettant l'incarcération de plus de 90 000 suspects. Cependant, cette approche est critiquée par les organisations de défense des droits humains, qui dénoncent des *dérives*. Michael Shifter estime que la recette de Bukele est difficilement reproductible ailleurs, notamment face à des réseaux criminels transnationaux plus complexes.

