Les grands laboratoires pharmaceutiques se tournent vers les biotechs chinoises
La valeur des accords conclus par des entreprises chinoises avec des partenaires étrangers a plus que doublé en 2025 L’article Les grands laboratoires pharmaceutiques se tournent vers les biotechs chinoises est apparu en premier sur Le Grand Continent..
Dans la plupart des secteurs stratégiques comme les semi-conducteurs ou les minerais critiques, les États-Unis et l’Europe cherchent à réduire leur dépendance à la Chine. Pourtant, dans le domaine de la biopharmacie, la tendance s’inverse. Les grands laboratoires pharmaceutiques occidentaux se tournent de plus en plus vers les entreprises chinoises de biotechnologie pour renouveler leurs portefeuilles de médicaments. Cette stratégie s’explique par l’expiration prochaine de brevets sur des médicaments représentant plus de 200 milliards de dollars de ventes d’ici la fin de la décennie. Les laboratoires occidentaux cherchent ainsi à acquérir des licences pour des médicaments futurs développés par des biotechs chinoises, afin de maintenir leur compétitivité face à la perte de protection de leurs propres brevets.
Les accords entre les grands laboratoires pharmaceutiques et les biotechs chinoises ont connu une croissance spectaculaire ces dernières années. En 2025, les médicaments chinois représentaient plus de la moitié des sommes engagées par les laboratoires dans des accords de licence, selon Tim Opler, directeur du Global Healthcare Group de la banque d’investissement Stifel. La valeur totale des accords conclus par des entreprises chinoises avec des partenaires étrangers a atteint environ 136 milliards de dollars en 2025, soit plus du double du montant de 2024. Cette hausse s’accompagne d’une augmentation de la taille moyenne des contrats depuis 2021, signe d’une montée en gamme des actifs chinois. Cependant, ces montants incluent des paiements conditionnels, versés uniquement si les candidats-médicaments franchissent certaines étapes de développement.
La Chine se distingue par un dynamisme croissant dans le domaine de la recherche pharmaceutique. En 2025, le nombre de candidats-médicaments en Chine a augmenté de 36 % en un an, portant le total à 7 105, contre 12 800 aux États-Unis, où la progression n’a été que de 0,6 %. La Chine mène également plus d’essais cliniques de phase précoce que toute autre région. Sur les 104 nouvelles substances actives lancées pour la première fois sur le marché mondial en 2025, 46 provenaient d’entreprises chinoises, contre 28 américaines et 16 européennes. Les avantages offerts par la Chine incluent une exécution plus rapide et moins coûteuse des projets, ainsi qu’une capacité à monter rapidement en puissance industrielle.
La Chine accorde un soutien majeur à son secteur de la biomédecine, classée parmi les « secteurs clefs en développement ». Le 15e plan quinquennal (2026-2030) fait de la biofabrication une industrie d’avenir, avec un fonds national de capital-risque de 100 milliards de yuans (13,3 milliards d’euros) lancé en décembre 2025. Ce fonds est consacré aux technologies de pointe, dont la biofabrication, et doit mobiliser à terme 1 000 milliards de yuans de financements régionaux et privés. Au moins 70 % de ces fonds seront alloués à des entreprises en phase d’amorçage ou de démarrage, favorisant ainsi l’innovation et la croissance des biotechs chinoises.
L’essor des biotechs chinoises pourrait conduire à une division du travail entre les laboratoires occidentaux et chinois. Les entreprises chinoises se distinguent par leur rapidité dans la production de candidats-médicaments, leur recherche précoce et leurs coûts réduits. En revanche, les laboratoires occidentaux conservent une avance dans les médicaments dits first-in-class (médicaments innovants de première ligne) et dominent les activités à forte valeur ajoutée, comme le développement clinique avancé, les relations avec les régulateurs et les payeurs, la production mondiale et la commercialisation. Cette complémentarité pourrait être bénéfique pour les deux parties, mais elle soulève des questions sur la dépendance croissante des laboratoires occidentaux envers les acteurs chinois.
L’écosystème chinois de la biotechnologie, bien qu’efficace pour la recherche rapide et la production de données, reste dépendant de l’État. Ce dernier peut influencer les flux de données, les licences d’exportation, les investissements ou les transferts de technologie. Aux États-Unis, cette dépendance suscite des inquiétudes, comme en témoigne un rapport non contraignant approuvé par la Commission des crédits de la Chambre des représentants. Ce rapport propose d’interdire à la FDA (l’agence américaine de protection de la santé publique) de prendre en compte les données cliniques obtenues en Chine, en Russie, en Iran ou en Corée du Nord pour les demandes d’autorisation d’essais cliniques. Par ailleurs, la proposition de loi BINSA, déposée en juin 2026, vise à étendre le contrôle américain des investissements étrangers à la biotechnologie.
L’Europe dispose d’une base scientifique solide dans le domaine de la biotechnologie, avec des chercheurs à l’origine de plus d’un cinquième des publications de référence en 2025 (21 %), soit une part comparable à celle des États-Unis et de la Chine. Cette position lui permet de jouer un rôle dans l’écosystème mondial de la biopharmacie, même si les laboratoires occidentaux restent globalement plus avancés dans les médicaments innovants. L’Europe pourrait donc tirer parti de cette complémentarité avec la Chine, tout en maintenant son indépendance dans certains segments stratégiques.

