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Société

Les applis dédiées au suivi des règles partagent vos données et c'est un problème

Slate FR · mis à jour il y a 14 j

Certaines applications de suivi des règles partagent les données de santé de leurs utilisatrices avec des tiers. Une nouvelle étude de la fondation Mozilla lève le voile sur des pratiques parfois douteuses..

Applications de suivi

Les applications dédiées au suivi des règles, comme Clue ou Flo, permettent aux utilisatrices de noter leurs cycles menstruels, leurs symptômes ou leurs rapports sexuels. Ces outils, souvent gratuits ou peu coûteux, sont utilisés par des millions de personnes dans le monde. En 2022, l'application Flo revendiquait 24 millions d'utilisatrices actives, tandis que Clue en comptait 12 millions. Ces applis collectent des données sensibles, telles que les dates des règles, les périodes d'ovulation ou les symptômes physiques, qui peuvent être utilisées à des fins publicitaires ou revendues à des tiers. Leur popularité s'explique par leur simplicité d'utilisation et leur prétendue discrétion, mais cette dernière est souvent illusoire.

Partage des données

Ces applications partagent fréquemment les données de leurs utilisatrices avec des entreprises spécialisées dans le tracking (suivi) publicitaire, comme FWM ou Branch. Ces entreprises utilisent des techniques de fingerprinting (empreinte numérique) pour identifier les utilisatrices de manière unique, même sans leur consentement explicite. En 2021, une enquête de The Markup avait révélé que l'application Clue envoyait des données à au moins 12 entreprises différentes, dont certaines spécialisées dans la publicité ciblée. Ces transferts de données se font souvent via des trackers (balises de suivi) intégrés dans les applis, qui collectent et transmettent des informations en arrière-plan, sans que l'utilisatrice en ait conscience.

Risques pour la vie privée

Le partage de ces données sensibles pose un problème majeur de confidentialité, surtout dans des contextes où l'avortement est criminalisé. Aux États-Unis, après l'annulation de l'arrêt Roe v. Wade en juin 2022, plusieurs États ont restreint l'accès à l'avortement, rendant les données menstruelles potentiellement exploitables pour identifier des personnes ayant avorté. En 2022, des procureurs texans ont déjà tenté d'obtenir des données de suivi des règles pour poursuivre des femmes ayant avorté illégalement. Les applis de suivi, en partageant ces informations, deviennent ainsi des outils de surveillance indirecte, mettant en danger la vie privée et la sécurité des utilisatrices.

Cadre juridique insuffisant

Le cadre juridique actuel est insuffisant pour protéger les utilisatrices de ces applications. Aux États-Unis, la Health Insurance Portability and Accountability Act (HIPAA) ne s'applique qu'aux professionnels de santé, excluant la plupart des applis de suivi des règles. En Europe, le Règlement général sur la protection des données (RGPD) impose des obligations strictes en matière de consentement et de transparence, mais son application reste inégale. En 2021, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) en France a infligé une amende de 150 000 € à l'application Flo pour manque de transparence sur le partage des données. Malgré ces sanctions, les pratiques persistent, faute de contrôles suffisants.

Ce que ça pourrait changer

Pour limiter les risques, plusieurs solutions existent. Certaines applis, comme *Euki* ou *Drip*, se présentent comme respectueuses de la vie privée et ne partagent pas les données avec des tiers. D'autres, comme *Clue*, ont renforcé leurs politiques de confidentialité après des scandales, mais leur fiabilité reste à prouver. Les utilisatrices peuvent aussi désactiver les permissions de suivi dans les paramètres de leur téléphone ou utiliser des applis en *open source* (code source ouvert), comme *Period Tracker* sur *F-Droid*. Enfin, des associations militantes, comme *Digital Defense Fund*, proposent des guides pour sécuriser ses données menstruelles. Ces alternatives restent minoritaires, mais leur adoption pourrait faire évoluer les pratiques du secteur.

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