Les éditeurs d’ici sont-ils à l’abri d’une autre affaire Thélyson Orélien ?
Ronde d’observation des clauses sur l’IA dans les contrats d’édition québécois..
L’affaire Thélyson Orélien, où un roman aurait été écrit avec l’aide de l’intelligence artificielle (IA), a provoqué une onde de choc dans le milieu littéraire québécois. Cet événement a révélé une vulnérabilité inattendue : la possibilité pour un auteur d’utiliser des outils d’IA générative pour produire une œuvre, sans que l’éditeur puisse le détecter facilement. Les éditeurs, craignant une répétition de ce scénario, se questionnent sur leurs méthodes de vérification et leurs contrats. L’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) a même organisé des formations pour aider ses membres à mieux encadrer l’usage de l’IA dans les processus éditoriaux. L’objectif est de garantir que les œuvres publiées reflètent bien la voix et le talent des auteurs humains.
Plusieurs maisons d’édition québécoises ont commencé à intégrer des clauses sur l’IA dans leurs contrats avec les auteurs. Ces clauses visent à encadrer l’utilisation de l’IA générative, un type d’intelligence artificielle capable de produire du texte, des images ou de la musique à partir de données. Par exemple, les éditions La courte échelle, Leméac et les Presses de l’Université de Montréal exigent désormais que l’auteur déclare ne pas avoir utilisé d’outils d’IA pour créer son œuvre. Elles interdisent aussi le téléversement de l’œuvre dans un outil d’IA générative. Ces mesures reflètent une volonté de maintenir l’humain au cœur du processus créatif. Certaines maisons, comme Leméac, envisagent d’ajouter des précisions pour clarifier les usages acceptables ou non de l’IA.
Face à l’incertitude entourant l’IA, certains auteurs prennent les devants en faisant une autodéclaration spontanée. Cette pratique consiste à informer l’éditeur des outils d’IA utilisés lors de la création de l’œuvre, souvent sous forme de cases à cocher ou de notes explicatives. Par exemple, au Quartanier, les auteurs indiquent désormais comment ils ont intégré l’IA dans leur processus créatif. Cette initiative, popularisée par des auteurs comme Charles Sagalane, est perçue comme un « nouveau pacte auctorial », où transparence et confiance priment. Elle permet aux éditeurs de mieux évaluer la légitimité des manuscrits reçus, surtout depuis que l’IA générative a fait bondir le nombre de soumissions.
Depuis l’émergence de l’IA générative, les éditeurs québécois constatent une hausse significative du nombre de manuscrits reçus. Par exemple, Québec Amérique reçoit désormais deux à trois manuscrits par jour, contre une moyenne antérieure bien inférieure. Cette augmentation s’explique par la facilité avec laquelle des textes peuvent être générés automatiquement. Cependant, les éditeurs soulignent que la qualité des manuscrits ne suit pas nécessairement cette croissance quantitative. Ainsi, des maisons comme La courte échelle ont ajouté une mention sur leur site web précisant qu’elles n’acceptent aucun manuscrit entièrement ou partiellement généré par IA. Cette mesure vise à filtrer les soumissions et à préserver l’authenticité des œuvres publiées.
Plusieurs éditeurs, comme Lux et Le Quartanier, misent sur la confiance plutôt que sur des clauses strictes pour gérer la question de l’IA. Leur approche repose sur l’idée que le processus éditorial humain permet de détecter et d’humaniser une œuvre potentiellement générée par une machine. Par exemple, Mark Fortier de Lux explique que si un texte était créé par une IA, le travail d’édition finirait par le rendre plus humain. Félix Philanthrope du Quartanier ajoute que l’édition, avec ses échanges approfondis et ses corrections, est le meilleur rempart contre l’IA. Ces éditeurs estiment que la qualité de leur travail garantit l’authenticité des œuvres, sans avoir besoin de formaliser des règles complexes sur l’IA.
L’affaire Orélien a aussi soulevé des questions sur la **propriété intellectuelle** et les droits d’auteur. Par exemple, Leméac s’interroge sur la légitimité des droits d’une œuvre créée par une IA : est-elle libre de droits ou tombe-t-elle dans le domaine public ? Ces interrogations reflètent les défis juridiques et éthiques posés par l’IA générative. Certains éditeurs, comme Lux, ont déjà commencé à inclure des clauses garantissant que les traductions sont réalisées par des humains, soulignant leur engagement envers l’éthique. D’autres, comme le Quartanier, évitent carrément l’IA pour des raisons environnementales et éthiques. Ces réflexions montrent que le milieu littéraire québécois est en pleine adaptation face à cette technologie disruptive.

