Diabète : cette pillule pourrait traiter les lésions oculaires avant que la vision ne soit perdue
Les lésions oculaires du diabète commencent bien avant la baisse de vue. Une molécule avalée, le danegaptide, protège la barrière des vaisseaux rétiniens.
Le diabète est une maladie chronique qui se caractérise par un taux de sucre (glucose) trop élevé dans le sang, appelé hyperglycémie. Cette condition peut endommager les vaisseaux sanguins de l'organisme, y compris ceux de la rétine, la partie sensible à la lumière située au fond de l'œil. Ces dommages provoquent une affection appelée rétinopathie diabétique, qui est l'une des principales causes de perte de vision chez les adultes en âge de travailler. Actuellement, les traitements disponibles se concentrent sur la gestion des symptômes ou la prévention de l'aggravation, mais aucun ne permet de réparer les lésions existantes avant qu'elles n'affectent la vision. Environ 1 personne sur 3 atteinte de diabète développe une rétinopathie diabétique, et près de 10 % de ces cas évoluent vers une perte de vision sévère.
Des chercheurs ont mis au point une pilule expérimentale, appelée CDR132L, conçue pour traiter spécifiquement les lésions oculaires causées par le diabète. Cette molécule appartient à une nouvelle classe de médicaments appelés oligonucléotides antisens, qui agissent en bloquant la production de protéines nocives dans les cellules de la rétine. Contrairement aux traitements actuels, cette approche vise à réparer les dommages existants avant qu'ils ne deviennent irréversibles. Les essais cliniques, menés sur des modèles animaux, ont montré une réduction significative des lésions rétiniennes après plusieurs semaines de traitement. Les scientifiques espèrent que cette pilule pourrait être administrée par voie orale, ce qui la rendrait plus accessible que les injections intraoculaires actuellement utilisées.
La rétinopathie diabétique est causée par une accumulation anormale de glucose dans les vaisseaux sanguins de la rétine, ce qui entraîne leur obstruction et leur fuite. Cela prive les cellules rétiniennes d'oxygène et de nutriments, provoquant leur mort progressive. La pilule CDR132L agit en ciblant une protéine spécifique, appelée miR-23b, qui joue un rôle clé dans la dégradation des vaisseaux sanguins. En bloquant cette protéine, le médicament permet aux vaisseaux de se régénérer et de retrouver une fonction normale. Les chercheurs ont observé une amélioration de l'épaisseur de la rétine et une réduction des zones endommagées chez les animaux traités, suggérant un potentiel réparateur.
Les essais cliniques de phase 1, menés sur un petit groupe de volontaires sains, ont confirmé la sécurité et la tolérance de la pilule CDR132L. Les prochaines étapes consisteront à tester son efficacité sur des patients atteints de rétinopathie diabétique. Si les résultats sont concluants, ce traitement pourrait être disponible d'ici 5 à 10 ans. Les chercheurs soulignent que cette approche pourrait également être adaptée à d'autres complications du diabète, comme les lésions rénales. Les essais sont coordonnés par des équipes internationales, incluant des institutions académiques et des entreprises pharmaceutiques spécialisées dans les thérapies géniques.
Si la pilule *CDR132L* démontre son efficacité dans les essais cliniques, elle représenterait une avancée majeure dans le traitement de la rétinopathie diabétique. Actuellement, les options thérapeutiques se limitent aux injections de *laser* ou aux médicaments anti-VEGF (facteur de croissance de l'endothélium vasculaire), qui ralentissent la progression de la maladie mais ne la guérissent pas. Une solution orale et réparatrice réduirait considérablement le fardeau des patients et des systèmes de santé, estimés à plusieurs milliards d'euros par an en Europe et aux États-Unis. Les chercheurs insistent cependant sur la nécessité de poursuivre les recherches pour valider ces résultats à plus grande échelle.

