« Un fossé trop large » entre le Canada et les États-Unis, Ottawa prépare sa riposte
Mark Carney a annoncé samedi qu’Ottawa riposterait « dollar pour dollar » aux nouveaux tarifs américains..
Les négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis ont échoué, entraînant une rupture des discussions. Le premier ministre canadien Mark Carney a annoncé que ces négociations, menées dans le cadre de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), se sont soldées par un désaccord persistant. Selon M. Carney, les États-Unis ont multiplié les demandes jugées inacceptables, comme la restriction de la capacité du Canada à signer d’autres accords commerciaux avec d’autres pays. Ces exigences reflétaient, selon lui, une réticence américaine à établir un véritable partenariat économique équilibré. L’échec a été officialisé le 21 août 2026, après des mois de pourparlers infructueux.
En réponse à cet échec, les États-Unis ont imposé des droits de douane de 50 % sur une large gamme de produits canadiens, notamment l’acier, les produits laitiers, l’électronique, les appareils ménagers, le matériel agricole et les pâtes et papiers. Ces tarifs entreront en vigueur le 8 septembre 2026, après la fête du Travail au Canada. Le premier ministre Carney a justifié cette mesure comme une réponse nécessaire pour protéger les travailleurs, les agriculteurs, les familles et les entreprises canadiennes, ainsi que pour permettre aux industries locales de rivaliser sur le marché intérieur. Ces tarifs ciblent des exportations canadiennes estimées à plusieurs milliards de dollars.
Le Canada prépare une contre-mesure en appliquant des tarifs douaniers sur des produits américains, notamment dans les secteurs de l’acier, des produits laitiers, de l’électronique et des appareils ménagers. Ces contre-tarifs visent à protéger les industries canadiennes et à défendre les intérêts économiques du pays. Le gouvernement fédéral a annoncé qu’il dévoilera prochainement des mesures d’aide aux entreprises et aux travailleurs touchés par ces droits de douane. Ottawa dispose d’une marge de manœuvre budgétaire importante pour faire face à une éventuelle riposte américaine et compte renforcer ses accords commerciaux internationaux, notamment avec l’Inde et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN).
Parmi les demandes jugées inacceptables par le Canada figuraient des restrictions sur la capacité du Canada à conclure d’autres accords commerciaux, une réduction des tarifs sur les voitures américaines sauf pour les véhicules de taille moyenne et les camions lourds, sans justification claire, ainsi que des limitations sur les mesures canadiennes protégeant la langue française, comme la découvrabilité du contenu francophone sur les plateformes numériques. Le premier ministre Carney a également accusé les États-Unis de violer l’ACEUM en imposant des tarifs de manière répétée au cours de l’année précédente, sans respect des règles établies.
Les premiers ministres provinciaux ont exprimé un soutien unanime à la riposte d’Ottawa. Au Québec, la première ministre Christine Fréchette a annoncé deux programmes d’aide aux entreprises, soulignant que les nouveaux tarifs américains toucheront 7,7 milliards de dollars d’exportations québécoises, soit plus de 9 % des exportations de la province vers les États-Unis. En Colombie-Britannique, la plus touchée proportionnellement, le premier ministre David Eby a qualifié Donald Trump d’intimidateur et réaffirmé son soutien à l’industrie du bois d’œuvre. D’autres provinces, comme l’Ontario, l’Alberta et les provinces de l’Atlantique, ont également apporté leur soutien à la stratégie canadienne.
Au niveau fédéral, les partis d’opposition ont réagi à l’échec des négociations. Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, a exprimé sa déception face aux tarifs américains, les qualifiant d’injustes et menaçant le gagne-pain des Canadiens. Le Bloc québécois, représenté par Yves-François Blanchet, a soutenu la décision de ne pas signer d’accord, tout en critiquant la sincérité des arguments sur la protection de la langue française. Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a salué la fermeté du gouvernement, tandis que le Parti vert, par la voix d’Elizabeth May, a souligné que les contre-tarifs devaient cibler les points sensibles des États-Unis pour être efficaces.
Cet épisode s’inscrit dans un contexte de tensions commerciales accrues entre le Canada et les États-Unis, sous l’administration de Donald Trump. Les tarifs américains visent des secteurs clés de l’économie canadienne, comme l’acier, les produits laitiers et l’électronique, représentant des milliards de dollars d’exportations. Le Canada, dont l’économie est environ 12 fois plus petite que celle des États-Unis, doit trouver un équilibre entre protéger ses industries et éviter une escalade des mesures protectionnistes. La question de la langue française et de la culture canadienne a également été un point de friction majeur dans les négociations.

