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La crise humanitaire au Soudan s’enlise, l’aide internationale s’amenuise

ICI Radio-Canada · mis à jour 28 sept.

Plus de 55 000 Soudanais ont fui vers le Tchad depuis le début de l'année, selon l'ONU..

Guerre au Soudan depuis 2023

Depuis avril 2023, le Soudan, pays d'Afrique du Nord-Est, est déchiré par un conflit armé opposant deux factions rivales. Cette guerre, qualifiée de pire crise humanitaire mondiale par l'ONU, a déjà poussé environ 12 millions de Soudanais à quitter leur domicile. Les combats entre l'armée soudanaise régulière et les Forces de soutien rapide (FSR, une milice paramilitaire) ont provoqué des destructions massives : bâtiments en ruine, effondrement des services publics comme les hôpitaux ou les écoles, et une précarité extrême. Les violences incluent des agressions physiques et sexuelles, notamment dans la région du Darfour, où des frappes aériennes et des drones ciblent régulièrement les civils. Les familles, majoritairement composées de femmes et d'enfants, fuient pour échapper à cette insécurité généralisée.

Exode massif vers le Tchad

Face à l'intensification des combats, des milliers de Soudanais traversent quotidiennement la frontière pour se réfugier au Tchad, pays voisin situé à l'ouest. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), environ 400 réfugiés quittent le Soudan chaque jour, un nombre 20 fois supérieur aux mois précédents. Depuis le début de la guerre, près d'1 million de Soudanais ont trouvé refuge au Tchad, où deux tiers des nouveaux arrivants sont des femmes et des enfants. Leur fuite est souvent périlleuse : vols de bétail, violences et agressions sexuelles jalonnent leur parcours. Une adolescente de 17 ans, par exemple, a été enlevée et violée par quatre hommes avant d'être blessée par balle et de devoir être soignée en urgence.

Conditions de vie dans les camps

Une fois arrivés au Tchad, les réfugiés soudanais se retrouvent dans des camps surpeuplés et sous-financés, où les conditions de vie sont extrêmement difficiles. Sur les 4,5 millions de réfugiés accueillis par les pays voisins, 190 000 vivent encore dans des conditions précaires, sans accès suffisant à l'eau, à la nourriture ou à un logement décent. Par exemple, les réfugiés reçoivent moins de la moitié de la quantité minimale d'eau nécessaire chaque jour. Le Programme alimentaire mondial (PAM) alerte sur une pénurie alimentaire : près de 20 millions de Soudanais souffrent de la faim, et le PAM manque de 300 millions de dollars pour maintenir ses opérations, qui ne couvrent actuellement que 4 à 5 millions de personnes par mois. Les camps, comme ceux d'Iridimi ou Goudrane, accueillent des milliers de personnes dans des zones arides, où les températures et les conditions sanitaires aggravent leur vulnérabilité.

Baisse drastique de l'aide internationale

L'aide humanitaire internationale destinée au Soudan et à ses voisins a fortement diminué ces dernières années. Entre 2022 et 2025, le financement global de l'aide humanitaire est passé de 47,5 milliards de dollars américains à 33,3 milliards, soit une chute de 30 %. Pour le Soudan, les fonds ont atteint un pic de 2,05 milliards de dollars en 2024 avant de chuter à 1,3 milliard en 2026. Au Tchad, les financements ont été divisés par deux sur la même période, passant de 935 millions à 423 millions de dollars. Cette réduction touche directement les réfugiés : les portions de nourriture sont rationnées, les abris manquent, et les programmes de soutien psychologique, notamment pour les femmes et les jeunes filles, sont réduits. Le PAM a subi une baisse de budget de plus des deux tiers depuis 2022, limitant encore davantage son action.

Désespoir et migrations secondaires

Face à l'insuffisance des ressources dans les camps tchadiens et à l'absence de perspectives de retour au Soudan, de nombreux réfugiés choisissent de poursuivre leur exil vers d'autres destinations, comme l'Europe. Le nombre de Soudanais arrivant par bateau en Europe a augmenté de 245 % entre 2024 et 2025, passant de 4 094 à 14 104 personnes. Selon le HCR, cette migration secondaire s'explique par le manque de protection et de satisfactions des besoins fondamentaux dans les pays d'accueil initiaux, comme le Tchad. Les réfugiés, y compris des professionnels comme des médecins ou des avocats, subissent un déclassement social difficile à accepter. La sécheresse inédite au Darfour, aggravée par le phénomène El Niño, aggrave encore la situation en détruisant les récoltes et le bétail, privant les populations de leurs moyens de subsistance.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs organisations internationales jouent un rôle clé pour tenter d'atténuer la crise. Le *Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés* (HCR) est chargé de protéger et d'assister les réfugiés, en les déplaçant des zones frontalières dangereuses vers des camps mieux équipés. Depuis avril 2023, le HCR a réussi à relocaliser plus de 660 000 réfugiés. Le *Programme alimentaire mondial* (PAM) fournit une aide alimentaire à 4 à 5 millions de personnes par mois, mais son budget est insuffisant pour couvrir tous les besoins. Des travailleurs humanitaires comme Hélène Caux, basée au Tchad, témoignent des conditions extrêmes rencontrées sur le terrain. Malgré leurs efforts, les contraintes budgétaires les obligent à repenser leurs stratégies, notamment en favorisant l'autonomie économique des réfugiés pour réduire leur dépendance à l'aide.

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