Ottawa ne lie plus la renégociation de l’ACEUM avec la question des tarifs douaniers
La délégation canadienne sera à Washington, la semaine prochaine, dans le cadre des pourparlers..
Le gouvernement canadien, représenté par le ministre Dominic LeBlanc, a modifié sa position concernant la renégociation de l’ACEUM (Accord Canada–États-Unis–Mexique, équivalent nord-américain de l’ancien ALENA). Jusqu’à présent, Ottawa liait systématiquement la question des tarifs douaniers (taxes imposées sur les importations) à la révision de cet accord commercial. Désormais, le Canada aborde ces deux sujets séparément, comme l’a déjà fait le Mexique. Cette séparation vise à accélérer les discussions et à obtenir des concessions spécifiques, notamment sur les tarifs appliqués à quatre secteurs clés : l’acier, l’aluminium, le bois d’œuvre et l’automobile. Le ministre LeBlanc a souligné que cette approche permettrait de négocier une réduction globale des tarifs pour ces secteurs, plutôt qu’un compromis déséquilibré où un secteur serait favorisé au détriment des autres.
Pour le Canada, l’objectif principal lors des négociations à Washington est d’obtenir une baisse significative des tarifs douaniers sur les quatre secteurs mentionnés. Ces tarifs, actuellement élevés, pénalisent les exportations canadiennes vers les États-Unis, son principal partenaire commercial. Par exemple, les droits de douane sur l’acier et l’aluminium peuvent atteindre jusqu’à 25 % aux États-Unis, ce qui réduit la compétitivité des produits canadiens. Le ministre LeBlanc a indiqué que si une entente globale était trouvée, incluant une réduction équilibrée pour tous les secteurs, cela représenterait un avantage économique majeur pour le Canada. À titre d’exemple, plus de 300 milliards de dollars de marchandises transitent chaque jour entre Détroit (Michigan) et Windsor (Ontario), illustrant l’importance cruciale de cet axe commercial.
Malgré une apparente ouverture des États-Unis, le Canada reste prudent, rappelant que des déceptions passées ont marqué les relations commerciales avec l’administration Trump. Cette méfiance est justifiée par les récentes annonces de la Maison-Blanche, qui prévoit d’imposer de nouveaux droits de douane de 50 % sur près de 500 produits canadiens d’ici 30 jours. Ces produits incluent des secteurs variés comme l’alcool, les produits laitiers, les vêtements, les parfums et les articles en plastique ou caoutchouc. Par ailleurs, le président Trump a évoqué la possibilité d’appliquer d’autres tarifs en raison de la fumée des feux de forêt canadiens ayant atteint le territoire américain. Ces mesures ont conduit à l’annulation des cérémonies officielles prévues pour l’inauguration du pont Gordie-Howe, un projet stratégique reliant le Canada aux États-Unis.
En plus des négociations officielles, le Canada mise sur des rencontres informelles pour faire avancer ses intérêts. Le ministre LeBlanc participera aux funérailles de l’ex-politicien républicain Bill Graham à Washington, ce qui offrira une occasion de discuter informellement avec des décideurs américains. Cette approche, qualifiée de souffler le chaud et le froid, vise à influencer indirectement l’administration Trump sans passer uniquement par les canaux diplomatiques traditionnels. Cependant, son efficacité reste limitée, comme en témoignent les nouvelles taxes américaines et l’annulation des célébrations liées au pont Gordie-Howe. Le Canada assume seul les coûts de construction de ce pont, estimé à plusieurs milliards de dollars sur 50 ans, mais les recettes de péage issues d’un éventuel accord avec les États-Unis ne représentent pas un impact économique majeur à long terme.
Le pont international Gordie-Howe, reliant Windsor (Ontario, Canada) à Détroit (Michigan, États-Unis), est un projet d’infrastructure stratégique. Il permet le transit quotidien de plus de 300 milliards de dollars de marchandises entre les deux pays, soulignant son rôle central dans les échanges commerciaux nord-américains. Son inauguration, prévue pour le 1er novembre 2024, a été maintenue malgré les tensions commerciales. Le Canada a financé seul sa construction, mais son ouverture dépend aussi de la stabilité des relations avec les États-Unis. Le blocus du pont Ambassador par des camionneurs en février 2022 avait déjà révélé la vulnérabilité de cet axe commercial, mettant en lumière l’importance de maintenir des relations fluides entre les deux pays.

